« Train-Train », le voyage vers une maturité joyeuse à la Comédie Bastille

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Dans ce voyage clownesque où même la destination n’existe pas, le spectateur se laisse entraîner dans un périple humain, comme nos rêves et nos rivages parfois à la dérive… Laissons-nous transporter par la voix du Chef de bord, puisqu’il a l’air de savoir où nous allons. Un spectacle déjanté, aux ficelles invisibles, à ne pas rater !

« Allez, on se rappelle, j’ai confiance »

Le train de nuit à destination de Destination va bientôt partir. Un seul arrêt prévu : une minute seulement à maturité. Le couchettiste et contrôleur des billets du train de nuit prend le micro et anime, de son ironie touchante, notre soirée théâtre. Sur sa playlist pop rock zen, David Talbot, auteur et comédien, interprète formidablement ce Chef de Bord fantasque. On entre très vite dans « ce monde fictif où les passagers se parlent », pas comme dans la cour de nos immeubles parisiens. Trois « desperate » voyageuses se retrouvent dans l’intimité forcée d’un même wagon. Il y a Sabine, surnommée « Sa », campée par la géniale Sandrine Molaro, remarquée dans Madame Bovary au Théâtre de Poche. Son sourire-optimiste jusqu’aux oreilles et ses chaussures de ski aux pieds ? Un « acte poétique ». Les deux autres passagères sont elles-aussi de sacrés numéros. L’italienne au phrasé hilarant, « Bruna », cache un lourd secret derrière ses grosses lunettes de soleil et son trench luxueux. Pour elle, faire la gueule semble être un sport de compétition. Enfin on découvre à l’opposé une « Marie douceur », belle femme blonde enceinte au sourire triste, le visage très expressif. Avec sa jolie coiffure, la comédienne Aurélie Boquien a de jolis airs de la comédienne Karine Viard.

« Qu’est-ce que la vérité ? Est-ce qu’elle n’a pas vingt-sept couches comme les oignons ? »

Au fil de ce voyage impossible, les trois femmes se rapprochent et se confient, comme le font les êtres qui savent qu’ils ne vont plus jamais se revoir. Elles papotent, mangent, tricotent… Ces personnages bigarrés s’entrechoquent aussi douloureusement. Face au jugement de l’autre, chacune prend un peu conscience de ses contradictions. Les expressions absurdes et les réparties en ping-pong nous ravissent. Les comédiens s’écoutent et se répondent dans un rythme maîtrisé. Les effets visuels et sonores achèvent d’harmoniser ce spectacle, ce bijou inventif où les artistes jouent comme des enfants. On adore le retournement de situation tragique et le clin d’œil final au film « Kill Bill ».

« Train-Train » est une bouffée d’oxygène artistique. Ce spectacle nous ouvre la voie d’un monde parallèle qui ne serait pas un monde meilleur, mais l’envers du miroir aux alouettes de nos illusions, percé de trous qui font mal. La vérité.

Auteur : David Talbot
Artistes : Aurélie Boquien, Gaëlle Lebert, Sandrine Molaro, David Talbot
Metteur en scène : Gaëlle Lebert, Sandrine Molaro, David Talbot
Crédit photo : Benoit Basset

Informations pratiques : le spectacle « Train-Train » se joue encore deux dates : les 16 et 17 avril prochains, à 21h à la Comédie Bastille. 5 rue Nicolas Appert dans le onzième arrondissement de Paris. Courrez-y vite !

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