La « Comtesse de Ségur, née Rostopchine » nous enveloppe d’une douceur toute littéraire au Studio Hébertot

La « Comtesse de Ségur, née Rostopchine » nous enveloppe d’une douceur toute littéraire au Studio Hébertot

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Qui n’a pas eu dans sa bibliothèque rose « Les malheurs de Sophie », « Les Petites Filles modèles » ou « Un bon petit diable » ? Ce spectacle, madeleine de Proust digne, amusante et honnête, nous offre une rencontre unique avec la célèbre Comtesse de Ségur, née le 1er août 1799 à Saint-Pétersbourg.

Une comédienne audacieuse qui porte un spectacle drapé sur elle

Un chignon natté de grande dame, une méridienne et une malle posés sur un tapis précieux. Energique, la Comtesse de Ségur se présente à son public de 2017. Rieuse et enfantine, elle renait de ses cendres depuis octobre 2013, sous la plume imagée de Joëlle Fossier. « Je suis à l’affiche » s’esclaffe la comédienne. Solaire, Bérengère Dautun use de tous ses charmes, ses talents d’interprétation et le large spectre de tonalités de sa voix. Elle module avec grâce ses sourires, entre mélanchronie et franche hilarité. Quelques mots et c’est sa mère, méchante autoritaire, son père adoré, ou encore son mari et ses huit enfants qui se dessinent sur scène et dans notre imaginaire. La Comtesse raconte, la joie dans les yeux, son premier bal de l’Ambassade et ses valses. « Je tourne de bonheur comme une toupie » raconte-t-elle. Un peu plus tard, lovée dans son petit manteau de fourrure, Bérengère Dautun achève de donner chaire à cette figure littéraire lue partout dans le monde. Sa vie ne s’est pas déroulée comme « un tissu de velours », atomisée par l’exil forcé de la famille Rostopchine à Paris, puis un terrible drame familial.

« Un livre est un outil sacré » – La Comtesse de Ségur (Joëlle Fossier)

La réussite de la Comtesse aux cinquante-cinq ans bien sonnés est une incroyable revanche sur une vie très éprouvante. Le talent de cette grande dame a mystérieusement décidé de sortir du lac noir-pétrole de ses meurtrissures. Dans cette vase dépressive, se tenaient sa mère, mais aussi l’image éternelle de la petite dépouille d’un de ses 8 enfants, « dans sa dormeuse » avant les funérailles. C’est au bout de 13 longues années de dépression, que la Comtesse retrouva sa vitalité. Dans sa longue robe de scène surannée, décorée d’un joli petit col de dentelle, Bérengère Dautun minaude et charme son public de par sa modernité touchante. Elle sauterait presque comme une « petite fille modèle », heureuse d’offrir son histoire ou plutôt celle de ce personnage. Ou les deux. On ne sait plus. Assez naturellement, chacun finit par mélanger la véritable Comtesse, la comédienne et le texte. « Comtesse de Ségur, née Rostopchine » est un spectacle féminin multi-générationnel, à voir entre amies, avec nos mères ou nos tantes. Et même nos compagnons. L’occasion de revivre la condition des femmes du 19ème siècle, leur faible liberté dans le choix de leurs destinées, que contrebalançaient leurs charmes et vives intelligences.

Auteur : Joëlle Fossier
Artiste : Bérengère Dautun
Metteur en scène : Pascal Vitiello
Crédit photo : Chantal Depagne.

Informations pratiques : Le seul en scène « Comtesse de Ségur, née Rostopchine » se joue du 25 avril au dimanche 2 juillet 2017 au Studio Hébertot. Du mardi au samedi à 19h, le dimanche à 17h. Le Studio Hébertot se trouve au 78 Bis Boulevard des Batignolles dans le dix-septième arrondissement de Paris.

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