Les adieux émus d’Hélène Hardouin, après 25 ans comme élève dans « La Leçon » de Ionesco au Théâtre de La Huchette ! (Récit et rencontre)

Les adieux émus d’Hélène Hardouin, après 25 ans comme élève dans « La Leçon » de Ionesco au Théâtre de La Huchette ! (Récit et rencontre)

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Ce samedi 29 avril 2017, nous avons assisté à (et fêté comme il se doit !) la dernière représentation de « La leçon » de Ionesco à La Huchette, avec la comédienne Hélène Hardouin, remarquée en ce début d’année dans le rôle de la mère dans « Noces de Sang » de La Compagnie La Grue Blanche, A La Folie Théâtre. L’occasion pour La Critiquerie de partir à la rencontre de cette comédienne passionnée au jeu profond, amusant et juste, qui va bientôt incarner « Mme Smith », toujours à La Huchette dans « La cantatrice chauve ».

Ionesco à La Huchette, c’est une histoire d’amour qui dure depuis… 60 ans ! C’est le 16 février 2017, que le Théâtre de la Huchette a soufflé avec beaucoup de créativité absurde les bougies du 60ème anniversaire de « La Cantatrice chauve » et « La Leçon », jouées en doublé presque chaque soir. Avec près de 18 500 représentations, La Huchette détient le record du monde des deux pièces les plus jouées !

« Nos deux spectacles ont vu passer huit présidents de la république, enduré la guerre d’Algérie puis vécu Mai 68, assisté à la chute du mur de Berlin, à la naissance de l’Euro et à l’effondrement des twin towers. 60 ans de frissons, d’ultimatums, de crises, d’applaudissements et de bonheur. » – Dossier de Presse

Les informations pratiques :
Retrouvez du mardi au samedi à 19h « La Cantatrice Chauve » et à 20h : « La Leçon ». Tous les lundis de mai, de 14h à 19H, La Huchette ouvre ses portes et s’expose…
Le Théâtre de La Huchette se situe au 23, Rue de La Huchette dans le cinquième arrondissement de Paris. Réservations en ligne ou au 01 43 26 38 99.
Crédits photo : Benjamin Meignan, Le Parisien, DR.

Hélène Hardouin joue avec impertinence une élève fâchée avec la soustraction. Pour cette dernière représentation, elle joue de sa robe à carreaux rouges et ses gants blancs surannés. Une pirouette par ici, un sourire fier jusqu’aux oreilles par là. Un visage mutin, ultra-expressif, énergisé de ses yeux vifs. Malgré les courbettes, l’élève est toujours dans l’impossibilité (maladive) de soustraire, avec des chiffres comme avec des allumettes. Pour notre plus grand plaisir, le maître, incarné par Jean- Michel Bonnarme, voit rouge. « Non d’un caniche à barbe, écoutez-moi ! » Une tirade digne d’un Capitaine Haddock, pour un grand professeur de matières aux noms farfelus. Ionesco.

Hélène, c’était la 18 533ème représentation de « La leçon » de Ionesco au Théâtre de La Huchette. Qu’est-ce que ça fait de quitter ce rôle que tu as porté durant 25 ans ?

Ça me rend triste de quitter ma robe Vichy et mon insolence ! J’ai adoré – et j’adore toujours jouer cette pièce. Elle va beaucoup me manquer.

Peux-tu s’il-te-plaît nous raconter tes débuts à La Huchette ? Comment as-tu intégré l’équipe des comédiens en alternance sur ce spectacle ?

Je suis rentrée à la Huchette grâce à mon amie Hélène Cohen, ex-comédienne dans le rôle de l’élève elle-même, et actuelle « Madame Martin » dans « la Cantatrice Chauve ». Hélène Cohen avait parlé de moi à la Direction du théâtre. Un été, il manquait une comédienne. J’ai rencontré Marcel Cuvelier. J’ai répété 3 jours avec lui dans sa cuisine (formidable souvenir). Marcel est le créateur du rôle du professeur. C’était un acteur et un être incroyable.

Connaissais-tu déjà Ionesco ?

Oui, j’avais passé des extraits de « La Leçon » en audition de fin de cycle au cours Simon…

Comment se sont passées tes premières représentations en tant que l’élève dans « La Leçon » ? As-tu eu de nombreux collègues et surtout de nombreux « professeurs » ?

J’ai débuté à la Huchette avec un « professeur » (Gilbert Beugniot), avec qui j’ai fait un raccord. Et au bout d’une semaine, j’ai eu un autre partenaire puis un autre et un 4ème…Un vrai baptême Ionesco !!!! C’était un été particulier…Beaucoup d’acteurs n’étaient pas libres pour faire une série de 15 jours apparemment.
A La Huchette dans « La leçon » de Ionesco, j’ai eu tous les partenaires possibles, « en activité » ces 25 dernières années :
Gilbert Beugniot (décédé), Claude Debord (décédé), François Chodat (décédé),Guy Moign (joue « Monsieur Martin » dans la Cantatrice Chauve) Bernard Jousset (ne joue plus), Gérard Bayle, Alain Ganas, Jean- Marie Sirgue, Jean- Michel Bonnarme (mon « Professeur » lors de ma dernière représentation le 29/04/2017), Michel Ouimet.
Il faut également citer les « Bonnes », personnage aussi important ! J’ai démarré et beaucoup joué avec la merveilleuse Odette Barrois, doyenne et créatrice dans « La Cantatrice Chauve ». Sachez que c’est un homme qui a créé la Bonne de « La leçon » : Claude Mansart ! Odette ne joue plus. Il y a eu aussi Catherine Day (qui a joué avec moi lors de ma dernière), Nicole Huc, Joséphine Fresson. Et Marie Cuvelier, qui a longtemps joué l’élève, formée par son père : Stéphanie Matthieu.
Et la Huchette, c’est aussi…Ider notre régisseur unique ! Notre caissière Michèle et notre public, si riche et diversifié ! J’espère n’oublier personne.
C’est pourquoi on ne se lasse pas. Et pourquoi jamais je n’ai jamais la sensation de routine ou de redite en jouant à La Huchette.

Qu’est-ce que ça te fait de savoir que tu ne pourras plus répéter la fameuse réplique « J’ai mal aux dents ? »

Ce n’est pas ma réplique préférée !

Entre toi et la direction du théâtre de La Huchette, c’est une grande histoire d’amitié ?

Oui, mon histoire à la Huchette est une partie de ma vie, depuis mon entrée quand Jacques Legré en était le Directeur et que Nicolas Bataille jouait. Ma rencontre avec les  » créateurs », les écouter raconter, découvrir cette troupe remplie de trésors d’acteurs et d’actrices et de personnes. Il y eut Claude Darvy également, avec qui j’ai travaillé en dehors. Je l’ai connue gamine. Claude Darvy avait parlé de moi à Jacques Legré. Elle a été une « Madame Smith » magnifique pendant très longtemps.
Cette Huchette est une vraie histoire humaine et de théâtre, avec des croisements de gens qui constituent une équipe, tout en étant des individus nourris par leurs histoires ailleurs….On est une sorte de famille. On suit les évènements de la vie de chacun. On s’intéresse à ce que les uns et les autres font. On croise des idées, on s’associe pour faire des choses aussi parfois…

C’est quoi aujourd’hui, jouer Ionesco à La Huchette ?

Jouer Ionesco pour moi est une formidable expérience sur le plan du jeu, du texte, de l’exigence du rythme de l’écriture, de l’intérêt du propos. Et une chance extraordinaire de faire partie de cette histoire unique, de jouer ces œuvres qui font partie du patrimoine dans un lieu mythique mais toujours en mouvement. L’actuelle direction, menée par Franck Desmedt, Gonzague Phélip et toujours pour les tournées l’ex-Directeur Jean-Noel Hazemann, insuffle beaucoup d’ idées et d’énergie pour maintenir l’histoire des Ionesco (« La Cantatrice Chauve » et « La Leçon »). La Direction fait beaucoup de propositions pour les créations du 3ème spectacle et des projets intéressants la troupe des comédiens associés. J’ai moi-même participé en octobre 2016 à un Festival de monologues, en créant pour 2 dates un spectacle d’après  » l’Envers du Music-hall » de Colette, que j’ai l’intention de faire vivre…

Est-ce un sacerdoce pour toi qui va bientôt incarner Mme Smith toujours à La Huchette dans « La cantatrice chauve » ?

Sacerdoce n’est pas le mot que j’emploierais. Je me sens engagée à la Huchette pour apporter ma capacité de travail, ma disponibilité pour jouer en alternance et répondre aux appels : remplacements au pied- levé et réponse aux propositions artistiques….Et donner un coup de balai quand je le peux !!

25 ans sur un même rôle… As-tu quelques anecdotes à partager avec les lecteurs de LaCritiquerie.com ?

Les anecdotes sont innombrables, je peux te confier que les discussions de loge sont souvent plus Ionesquiennes que le texte que l’on entend dans le retour, en se préparant à entrer en scène.

Le mot de la fin (ou presque) ?

J’aime la Huchette et je suis attachée à ses membres. Je m’y sens chez moi, avec mon rond de serviette pour passer à table !

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