[Avignon Off] Nos six coups de cœur théâtre Avignon 2017 !

[Avignon Off] Nos six coups de cœur théâtre Avignon 2017 !

« Les fêlés », un scénario osé sur les secrets inavouables au sein du couple
« Quintessence – Cirque Alexis Gruss » : La merveilleuse alliance des Gruss et des Farfadais !
« Le Génie en Liberté », un parcours artistique atypique dans le 11 ème arrondissement de Paris (90 artistes !)

Le festival Off d’Avignon arrive déjà dans ces deux derniers jours. Un bilan de notre palpitant s’impose…Quels sont les spectacles qui nous ont le plus touchés, transportés ? On vous a préparé un top six varié (non exhaustif), pour vous guider dans la fin de ce festival hors du commun.

1. « Le Jeu de l’Amour et du Hasard », jeunes gens au bord de la crise de nerf à 17h55 au Théâtre du Roi René

Saviez-vous que la devise de Marivaux était celle des comédiens italiens « Castigat Ridendo Mores », qui veut dire « corrigeons les mœurs par le rire » ? On raffole une nouvelle fois de cette pièce de Marivaux, ici formidablement modernisée et interprétée. Dressée à la manière d’un Cupcake fraise mentholée made in USA, sur fond de mariage bourgeois et danse amoureuse masquée. Dans cette salle ancienne au charme provençal certain, des plantes et un drap blanc sur lequel sont projetés des films très esthétiques, sur un fond sonore pop-rock qui nous réveille dans la chaleur Avignonnaise. Ces petits films élargissent avec intelligence et humour le point de vue du spectateur. Vous connaissez l’histoire. Les héros, Silvia et Dorante, sont promis l’un à l’autre. Ils décident tous deux de se présenter sous les traits de leur servant(e), tandis que le père et le frère s’amusent de la farce. Les costumes et les accessoires, ultra-colorés et modernes, ont été choisis avec minutie. L’ensemble est un cocktail rafraichissant. On adore les rires ensoleillés du frère Mario, coquin hilare « soldat d’antichambre ». Dans ce ping-pong de haute volée, les apartés sont de savoureuses parenthèses qui relancent l’intrigue et le rire. Silvia met la main dans ses cheveux et minaude auprès de Dorante. Le badinage et les codes sociaux sont ici rehaussés par une mise en scène Rock’n Roll efficace. La servante de Silvia, Lisette au rire cristallin, s’accorde naturellement au servant balourd de Dorante, Arlequin. Le texte est maîtrisé, les mimiques font mouche, et la mise en scène élégante nous entraine dans cette blague sociétale. Le double jeu croustillant, se passe uniquement dans le jardin. Ce spectacle nous donne envie de nous replonger dans les pièces des Marivaux. Un spectacle euphorisant à découvrir encore deux jours sur Avignon !

« Je n’aime pas l’esprit domestique » – Silvia

Photo : Karine Letellier

Cie « La boîte aux lettres » et « Lucernaire Diffusion »

Interprètes : Salomé Villiers, Raphaëlle Lemann, Philippe Perrussel, Bertrand Mounier, Pierre Hélie, François Nambot, Simon Larvaron, Etienne Launay

Metteur en scène : Salomé Villiers

Crédit Photo : Karine Letellier

Informations pratiques : Après son succès au Lucernaire en 2016, un Avignon réjouissant, une reprise parisienne au Théâtre Michel, « Le Jeu de l’Amour et du Hasard » revient avec bonheur au Théâtre du Roi René jusqu’au 30/07 à 17h55 ! Le Théâtre du Roi René se situe au 4 bis Rue Grivolas à Avignon. Une belle salle au charme ancien.

2. « Adieu Monsieur Haffmann » à 20h40 au Théâtre actuel, une pièce écrite et mise en scène par Jean-Philippe Daguerre

Attendez-vous à histoire incroyablement touchante, interprétée avec justesse et précision. Un jeu d’acteur vif qui nous plonge avec efficacité dans l’histoire passionnante de cette pièce de théâtre. Son univers cinématographique résonne encore longtemps chez le spectateur. Tout commence à Paris en Mai 1942. On annonce à la radio l’obligation du port de l’étoile jaune pour les Juifs. Un étrange accord est alors passé entre Joseph Haffmann, bijoutier juif au bord de la faillite, et son employé Pierre Vigneau :  » J’aimerais que vous viviez ici avec votre épouse pendant les mois qui vont suivre en attendant que la situation redevienne normale… la bijouterie Haffmann et Fils deviendrait la bijouterie Vigneau… » Une demande surprenante est alors faite par Pierre Vigneau àJoseph Haffmann. Aider le couple à avoir un enfant. Le jeune couple, interprété par Julie Cavanna et Grégori Baquet, est lumineux. Les décors, aussi beaux que sobres, nous emportent loin d’Avignon. Sur les planches, à gauche le bureau de Joseph, puis sa cave. A droite, la cuisine du petit couple. Au milieu, comme une image de BD, les autres scènes. On adore les cours de claquettes du mari, qui figurent la perte de contrôle du mari sur sa femme et son bonheur conjugal. La jalousie se fait de plus en plus omniprésente. Chaque comédien a son truc en plus, sa façon de tourner la tête et prendre l’espace sur le plateau du théâtre. C’est sûr, les comédiens sont plus que rodés. Les jeux de mot sur le cochon sont croustillants. L’humour salvateur contrebalance la gravité de la pièce. Ce spectacle dynamique fait la part belle à un suspens formidablement orchestré. Sans pathos, l’intrigue intelligente se fait juste et touchante. A noter : un travail formidable sur les lumières, qui met en avant subtilement les scénettes subsidiaires à la manière d’un film ou même d’une bande dessinée. On ne serait pas surpris que cette pièce soit adaptée au cinéma prochainement !

Note de l’auteur et metteur en scène Jean-Philippe Daguerre

« Je ne sais pas vraiment d’où m’est venu l’idée de cette pièce: Sans doute de mes premiers souvenirs d’enfance avec “Bon Papa Alban” qui me promenait pendant des heures dans le cimetière de Montauban. On s’arrêtait devant chaque tombe, il me racontait la vie des morts… et j’adorais ça. Sans doute de ce « voyage scolaire » à Auschwitz qui m’a éloigné de l’enfance tout en me rapprochant de l’horreur dont sont capables les Hommes. Sans doute de tous ces amis touchés par la stérilité et qui cherchent par tous les moyens à avoir un bébé. Sans doute pour chercher à écrire une pièce qui parle d’amour, de courage et de peur… et qui puisse (m’) aider à mieux comprendre le désordre des Hommes. » – Jean-Philippe Daguerre

Auteur/Metteur en scène : Jean-Philippe Daguerre

Interprètes : Grégori Baquet, Franck Desmedt, Julie Cavanna, Alexandre Bonstein, Charlotte Matzneff, Charles Lelaure, Jean-Philippe Daguerre, Hervé Haine, Sophie Raynaud

Collaboratrice artistique : Laurence Pollet-Villard

Décors : Caroline Mexme

Musique : Hervé Haine

Lumières : Aurélien Amsellem

Costumes : Virginie H

Crédit Photo : Evelyne Desaux

Informations pratiques : « Adieu Monsieur Haffmann » se joue jusqu’au 30/07 à 20h40 au Théâtre actuel. Le Théâtre Actuel se situe au 80, rue Guillaume Puy à Avignon.

3. « Olympia » ou la mécanique des sentiments à midi au Théâtre du Balcon

Plus l’histoire avance, et plus ce cauchemar créatif se mue en opéra théâtral décalé, amusant comme déjanté. Dans cet univers mystérieux et dangereux à la Frankenstein, évoluent des personnages et des automates de plus en plus étranges. Les rouages des inventions de Othon grincent. Le jeune et génial professeur Othon, essaie de tromper sa solitude imposée par sa « Mother », la terrifiante Lady Mary. Créer la plus belle poupée-automate lui semble l’unique échappatoire de sa vie morne, où il ne consacre son temps qu’à son travail. Inventer sa campagne pour l’éternité (ou presque ?) lui semble être l’unique échappatoire possible. On adore la magnifique scénographie et la danse rythmée des automates. Les chansons de Othon, sublimées par sa voix très haute, sont très touchantes. Les accessoires et les décors harmonieux viennent parfaire cet univers fantasmagorique. Le tout nous transporte dans une comédie musicale de haut vol, une histoire du genre de la science fiction dans un décor et une ambiance lyriques. L’automate alcoolique nous fait rire tandis que Olympia retrouve le chemin d’Othon. Quelle vérité va-t-elle trouver sur son « frère jumeau » ? L’histoire est clairement le point fort de ce spectacle pluri disciplinaire riche en talents. L’équipe, perfectionniste, a trouvé le moyen de rehausser la scénographie, sans nous plonger pour autant la tête dans un univers imposé, indigeste. Faire simple et efficace. Chaque spectateur repart avec ce qui le touche et les échos dans son histoire personnelle, ses lectures et son imagination. Paris tenu, « Olympia » remplit plus qu’efficacement notre imaginaire d’humour, d’arts et d’inventions.

Interprète(s) : Estelle Andrea, Luc-Emmanuel Betton, Magali Paliès, Jerôme Boudin-Clauzel, Anne Leforestier, Mimi Sunnerstam

Mise en scène : William Mesguich

Informations pratiques : « Olympia » ou la mécanique des sentiments se joue jusqu’au 30/07 à midi au Théâtre du Balcon. 38, rue Guillaume Puy à Avignon

4. « Courteline » à 16h au Théâtre Essaîon Avignon

Après le succès du  »Médecin Malgré lui » la Cie KAPO KOMICA revient avec sa nouvelle création. Il s’agit ici d’adapter quatre pièces de Courteline (« gros chagrins », « la peur des coups », « les Boulingrin » et « l’affaire Champignon ») dans un univers de coulisse d’un cirque des années 20. Mélangez les soeurs siamoises, la femme à barbe, l’homme canon, les couples bourgeois et leurs engueulades musclées, le procès d’un homme pour violence conjugale…Et vous obtiendrez cet ovni fort en mots et sentiments ! On adore le cirque dans le théâtre, la simplicité d’un ukulélé, les costumes, le maquillage, la folie ambiante, les réparties d’Aglaé et des hommes imaginés par Courteline. Les effets de lumière et les capsules sonores sont élégamment maîtrisés. L’idée du cirque, géniale, permet un nouvel éclairage de l’oeuvre de Courteline. Dans ce spectacle comme dans la vie, les choses ne sont pas ce qu’elles paraissent être. L’amour des mots, omniprésent, nous emmène en voyage dans un monde ou les hommes sont « tous cocus » et l’amour, très « vache ». On aime le juge juché sur sa chaise d’arbitre, en jupe et tutu blanc, son chapeau haut-de-forme noir et son énergie 100 000 volts. Le spectateur s’amuse beaucoup, les comédiens se lâchent et les réparties trouvent une force décuplée dans l’exagération de l’interprétation. Quoi de mieux qu’un cirque pour nous immerger avec panache et inventivité dans le cirque de la bourgeoisie de 1900 ?

« Tu n’as pas de sang dans les veines – Aglaé »

« Je passe ma vie à trouver des hommes chez moi » – Champignon

Interprète(s) : Anne KERIEC, Jean-Marc LALLEMENT, Sébastien PEREZ, Eugénie RAVON, Julien RENON, B.O blou, Julien JACOB

Mise en scène : Mikael FASULO

Informations pratiques : « Courteline » se joue jusqu’au 30/07 à 16h au Théâtre Essaîon Avignon, 33 Rue de la Carreterie à Avignon.

5. « Je change de file » à retrouver à la rentrée à Paris

C’est en 1983 que l’iranienne Sarah DORAGHI arrive en France, à dix ans seulement. L’artiste décrit avec malice les difficultés de son intégration et son Amour de la France. Apprendre la langue française fut loin d’être évident. La télévision lui apprendra bien des choses…Ce spectacle intime est un délice perse & français sur un tapis iranien, fait d’humour et de légèreté. Sarah DORAGHI nous décrit son émotion le jour où elle reçut sont premier passeport français, et l’hésitation qui la traverse encore alors qu’elle doit choisir la fille « Passeports français ». A Avignon, le Théâtre du chêne noir est plein à craquer. Sarah DORAGHI regorge d’anecdotes touchantes sur sa découverte de notre pays et notre culture. On adore sa danse iranienne, ce partage d’émotion, de culture et de son histoire personnelle extraordinaire. Craquante, l’artiste nous transporte très vite dans un univers touchant où « La Petite Maison dans la Prairie », « Santa Barbara » se mêlent à la bêtise amusante des mères de ses copines enfances. Un monde où les pilotes d’avion d’Air France deviennent subitement sexy, lorsqu’ils annoncent en anglais l’atterrissage de leur avion à New-York. Et où la culture s’offre à chacun, sans distinction. Une culture riche pour celle qui l’apprivoisa avec patience, humour et Amour. « Je change de file » est un petit bijou où se mêlent l’intelligence, le rire et le savoir vivre d’une jeune femme récemment naturalisée. Pour qui la voix de Muriel robin fut autrefois un rempart à sa différence. Rappelons le : la tolérance est d’accepter la différence (et non les défauts).

« Sans indiscrétion, vous êtes d’où ? »

Interprète(s) : Sarah DORAGHI

Mise en scène : Isabelle NANTY, Sharzad DORAGHI-KARILA

Lumières : Alexandre VARETTE

Crédit Photo : Cyrus Atory

Informations pratiques : le seul-en-scène « Je change de file » s’est joué jusqu’au 29/07 à 11h au Théâtre du chêne noir. Le Théâtre du chêne noir se situe 8 bis Rue Sainte Catherine à Avignon.

6. « Boys don’t cry » à 21h45 au Théâtre des Barriques

« Boys don’t cry » est un ovni théâtral que nous aurions du détester. Bien sûr, ces quatre jeunes hommes veulent en faire trop. « Too much » comme on dit. Les (très) nombreuses références bibliques et contemporaines nous font plonger, la tête sous l’eau, dans la souffrance intense pailletée des nouveaux hommes de notre époque. Comment trouver sa place dans une société où les femmes n’ont clairement plus besoin d’hommes pour vivre, élever un enfant et même faire un enfant ? La souffrance chez l’homme des temps modernes est un sujet très peu abordé au théâtre, au cinéma etc…Les quatre comédiens font face à l’image « du mâle viril et conquérant ». Qui sont-ils à l’heure du sexe tarifé, des rencontres sur internet démultipliées, de la pornographie et de la chirurgie esthétique ? Et l’Amour dans tout ça ? Force est de constater que quelques jours après cette découverte, nous somme toujours remplis des fortes impressions que ce spectacle a inscrit au fond de nous. Dans ce spectacle surprenant, les hommes sont « des putes » qui aiment les paillettes. Les hommes interprètent tour à tour des femmes. Mais l’homme, c’est aussi Jésus. « Boys don’t cry » nous offre avec panache le chemin de croix de notre société moderne. A noter : la prestation intense de Léonard BOURGEOIS-TACQUET. Ses mots disent sa haine pour sa cliente « Caroline » au fessier imposant, décoré d’un paquet d’expressions fleuries. Une culotte de cheval dure à accepter, qui ira jusqu’à lui causer la mort. « Sa pute » dégueule sa haine pour « sa Caroline » mais ses yeux sont remplis d’Amour » et ses insultes, les fleurs de ses sentiments extrêmes. Un spectacle qui retourne femmes et hommes, dans une ère où le célibat est le lot de beaucoup. Où sont passés nos rêves d’antan ? Les contes de Fé de notre enfance ? Cette pièce est un dégueuli électrochoc de notre palpitant. Une réflexion intense sur le genre masculin, à découvrir au plus vite au Théâtre des Barriques.

« Écarter les obstacles. Tenir tête. Passer à l’offensive. Séduire, respecter. Ne pas se disperser. Et surtout Ne pleure pas. Ça pleure pas un homme. »

Auteur : Jean-Gabriel VIDAL VANDROY

Interprète(s) : Raphaël GOUMENT, Vincent CALAS, Léonard BOURGEOIS-TACQUET, Aurélien PAWLOFF

Metteuse en scène : Maya ERNEST

Crédit photo : Roger Benhamed

Informations pratiques : « Boys don’t cry » se joue jusqu’au 30/07 à 21h45 au Théâtre des Barriques, 8 Rue Ledru Rollin à Avignon.

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