[Avignon Off] : « Poil à gratter » ou les sourcils majestueux de la misère

[Avignon Off] : « Poil à gratter » ou les sourcils majestueux de la misère

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Ce soliloque de la difficulté d’être gorgé de désespoir et d’une révolte sourde, nous entraîne à la découverte de la destinée d’une SDF qui aurait choisi comme « périmètre de vie » son trottoir, dont elle connait le moindre recoin.

Sweat noir, bonnet noir, grands sourcils noirs…

« Je cherche l’épuisement. Il ne vient pas, je continue. J’arpente. Des escaliers, mes pieds dessus, maintenant nus. Je vais. Peut-on mourir de chercher ? J’essaie. »

« C’est en rupture totale avec notre société qu’une femme du 11 eme arrondissement, ancien médecin, a décidé volontairement de devenir SDF. Ce portrait in vivo est aussi et surtout une invitation à pousser les volets de ceux qui habitent dehors. Ouvrez grand les yeux et les oreilles, ça existe… même si ça gratte. » – Dossier de presse.

L’avant première parisienne de ce spectacle puissant fût habilement organisée dans un luxueux appartement parisien privatisé . Vous êtes-vous déjà demandé ce qu’il se passe dans la tête d’une personne SDF ? Inspirée d’une femme SDF vivant rue de la Roquette dans le onzième arrondissement de Paris, la pièce « Poil à gratter » nous apporte une réponse vive et puissante, où  la révolte gronde, dans l’intimité à la dérive de Chantale. Dans ce tableau qui nous prend aux tripes, le texte agréable et précis fait office de munitions pour la marginale. Face aux bobos du Carrefour Market qui changent de trottoir, ou encore à une petite fille naïve trop jeune pour percevoir la réalité du dénuement, cette femme SDF passe par toute une palette d’émotions. La résignation, la honte, le joie, l’affreuse solitude, la tristesse, comme la révolte. « Je médite en mouvement » se persuade-t-elle amusée, convaincue un instant de son avance sur la société. L’héroïne est obsédée par la possible perte de son identité, qu’elle répète comme une lituanie pour ne jamais l’oublier. « Je suis une guerrière » se convaint-elle un peu plus tard. Echouée sur le bitume au spectacle de la vie des autres, notre poil-à-gratter du soir imagine à son tour la vie des passants. Chantale se prend à refaire le monde. Fanfaronne, elle invente même « l’ONU de la misère ». » Et en même temps pourquoi pas ? La vie doit-elle toujours avoir un sens et une logique ? » se demande Chantale ?  Seule au monde mais forte de sa propre liberté, Chantale finit par s’en aller tourner autour du génie de la place de la Bastille, comme pour trouver des réponses à même d’endiguer son naufrage chronique. « Poil-à-gratter » est une pièce maîtrisée, dont l’interprétation très juste et le texte ciselé détonnent. Un spectacle dérangeant, à l’image de la misère qui fait peur, à découvrir depuis quelques jours au festival off d’Avignon.

Texte et jeu : Adeline Piketty

Mise en scène : Laurence Campet

Régie générale : Jérôme Bertin

Lumières et crédit photo : Alain Denisse

Durée : 1h05

Informations pratiques : la pièce « Poil à gratter » se joue au festival off d’Avignon du 6 au 29 juillet à 14h30 à L’Espace Alya (relâche le mercredi). Réservations au 04 90 27 38 23.

POIL A GRATTER texte et jeu Adeline Piketty, mise en scene Laurence Campet au Garage dans le cadre d’un festival a Villerville du 31 aout au 3 septembre 2017.
Avec Adeline Piketty

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