Criminel, le cirque de l’intimité brûle à La Manufacture des Abbesses

Criminel, le cirque de l’intimité brûle à La Manufacture des Abbesses

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L’affaire Jacqueline Sauvage a inspiré l’auteur de la pièce « Criminel », Yann Reuzeau. Dans ce thriller psychologique, c’est Boris qui tue son père violent. La nuit du parricide, sa chère sœur Camille frôle la mort. C’est là tout le noeud inexplicable de la narration. Incarcéré pendant quinze ans, Boris devenu résilient est de retour, provoquant des réactions en chaîne gorgées d’émotion et de violence. 

Que s’est-il réellement passé ?

« Criminel » offre une mise en abime du triangle dramatique : victime, bourreau, sauveur. Puisqu’aucun des protagonistes ne se souvient, il existe trois versions de cette fameuse nuit. Le mystère est un véritable choix narratif de la part de Yann Reuzeau. En conséquence, les indices sont soigneusement parsemés. Et de la même manière que dans cette famille victime de Psycho-traumatismes bientôt transgénérationnels, chaque spectateur détient sa propre vérité. Dans ce projet politico-social, l’intimité est le personnage principal de cette pièce. Dans chaque scène, deux comédiens s’affrontent dans un cercle étouffant, figuré par un décor en rond non fermé, sobre, mouvant et efficace. Une sorte de round où s’affrontent les blessures portées par chacun. Tous sont des victimes de la violence du père, chaque enfant s’étant trouvé amputé de la construction du père. Le choc de cette nuit sanglante est tellement violent que Boris ne sait plus ce qu’il s’est passé. La mémoire traumatique est en oeuvre. 

Le stress post traumatique, l’impact des violences intra-familiales sur les victimes.

En dehors de la première scène amoureuse entre Camille et son mari, chaque personnage se confronte à l’autre. Au gré des scènes, l’ombre du père violent tué plane lourdement. Ce père n’a jamais été aussi présent que depuis son trépas. Ce fantôme prend à la gorge, et chacun met en place ses propres mécanismes de défense. Dans cette pièce où le silence n’existe pas, les personnages sont logorrhéiques, et les sentiments captivants. En réponse à ce discours sans fin, l’interprétation des comédiens est souvent très corporelle. Le corps des comédiens donne des clés de compréhension aux spectateurs. « Criminel » est un spectacle brulant à nous couper le souffle. Force est de constater que 30 minutes après la sortie du spectacle, nous en parlons encore autour d’un verre, racontant nos sentiments, et essayant de démêler le vrai du faux d’une pièce qui est pourtant une totale invention. C’est la magie du théâtre de nous faire croire à une histoire, dont nous sommes parfaitement conscients de la création de toutes pièces. Après « Chute d’une nation » en 2011, l’auteur et metteur en scène Yann Reuzeau parvient avec délicatesse, à nous faire ressentir la terreur des violences intrafamiliales et la réalité du stress post traumatique…

Texte et mise scène : Yann Reuzeau
Distribution : Frédéric Andrau, Morgan Perez, Blanche Veisberg ou Noémie Daliès (en alternance), Sophie Vonlanthen
Assistante : Clara Leduc
Lumière : Elsa Revo
Décor : Goury
Crédit Photo : Gaël Rebel

Informations pratiques : « Criminel » se joue du dimanche au mercredi, selon les jours à 20h ou 21h jusqu’au 20 décembre 2017 à La Manufacture des Abbesses. Une salle aux fauteuils rouge très confortables, située au 7 rue Véron dans le dix-huitième arrondissement de Paris.

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