Une « Anna Karénine » débordée par ses émotions, pionnière féministe mordue par la « bonne » société russe

Une « Anna Karénine » débordée par ses émotions, pionnière féministe mordue par la « bonne » société russe

« Le renard envieux qui me ronge le ventre », la nouvelle pépite de la Cie des entichés !
Devine qui vient dîner en noir au théâtre Trévise
« Non à l’argent », chamailleries pécuniaires au Théâtre des Variétés

Dans cette adaptation libre et philosophique du deuxième grand roman de Tolstoï par la Compagnie Kabuki, l’amant Vronsky d’Anna devient une amante, Varinka. L’icône féministe Anna Karénine, belle innocente charmée de tous, devient un personnage encore plus torturé et actuel.

« Cette femme est morte comme elle avait vécu, lâchement et misérablement. » – Anna Karénine – Léon Tolstoï

Anna, issue de la bourgeoisie russe, se marie puis tombe amoureuse de Varinka, une jeune artiste libre et talentueuse. Pour son mari et son fils Serge, Anna essaie de lutter contre cette passion impossible. Ne trouvant ni le calme, ni le repos de son âme, en marge de la société, Anna finira par se suicider. Son existence mélancolique fut marquée par son envie de mariage de passion, « aussi fugitif qu’un nuage s’efface le jour ».

Dans de très beaux costumes, chaque personnage apporte son ambiance. Anna, le plus souvent émue aux larmes, défend l’homosexualité féminine, la pureté de son amour, tandis qu’elle combat l’esclavagisme des femmes et le viol conjugal.

« Vivre, enfin, c’est mourir »- Anna Karénine

C’est le 23/05, au Studiot Hébertot, que nous découvrons en avant-première ce spectacle joué à Avignon. Une patineuse charmante, habillée de blanc, jusqu’à sa toque de fourrure et ses gants blancs. Une ingénue qui patine sagement en cercle, jusqu’à ce qu’elle croise le regard de son futur mari.

C’est la mode de moderniser les mises en scène au théâtre avec les arts digitaux, les lumières modernes et la musique électronique. Ici la Compagnie Kabuki n’y déroge pas. Elle façonne une ambiance inquiétante, éclairée de néons de couleurs flashy et accompagnée de musique moderne.

Cette adaptation d’Anna Karénine nous offre de très beaux moments dramatiques, qui arrivent un peu tardivement. Certaines formules d’une tristesse incroyable sont diablement efficaces. La pureté d’Anna, sa mélancolie et son rejet par la société russe nous émeuvent. Cette noire destinée fait écho à la lutte homosexuelle, dont l’intégration a connu dans les vingts dernières années en France un incroyable bond en avant.

Maroussia Henrich impressionne de sa carrure et son jeu très réaliste. Peggy Martineau, elle, incarne une Anna sublimée autant que blessée par sa forte sentimentalité. On aime redécouvrir ce personnage culte dans cette version rafraichissante. Les beaux costumes et le décor soigné achèvent de nous faire basculer dans le souffre et les larmes d’Anna Karénine.

« Là où cesse l’amour, commence le dégoût. (…) Nous sommes tous voués à la souffrance et ne cherchons qu’à la dissimuler. »

Anna Karenine de Léon Tolstoï, mis en scène par Laetitia Gonzalbes
Adaptation libre de Léon Tolstoï, « Enragée ? » de Guy de Maupassant et « Poèmes et Partitions » de Jean Fournée.
Auteur : Léon Tolstoï
Artistes : Peggy Martineau, Maroussia Henrich, David Fischer, Samuel Debure,
Crédit photo : Fabien Chasse

Informations pratiques : Le spectacle « Anna Karénine » sera présenté au Festival d’Avignon Off 2017 du vendredi 7 juillet au dimanche 30 juillet 2017. A 14h05 au Théâtre du Roi René, 4 bis rue Grivolas, 84000 Avignon.

COMMENTAIRES

WORDPRESS: 0