[Critique] Downsizing d’Alexander Payne

[Critique] Downsizing d’Alexander Payne

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Après le succès de ses deux précédents films, The Descendants et Nebraska, Alexander Payne revient dans les salles de cinéma avec un film quelque peu déroutant. Plus proche d’un scénario à la Black Mirror, le réalisateur s’attaque ici à un registre singulier : celui de la comédie d’anticipation. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce n’est pas une réussite ! Trop long, trop tiré par les cheveux, trop inconstant… Le long métrage ne parvient pas à nous faire décoller de notre siège. Prendre des risques c’est une chose, maintenant il va falloir en assumer les conséquences…

Downsizing : comédie dramatique ou dramatique comédie ?

L’histoire a du potentiel. Dans un futur proche, des scientifiques mettent au point un processus pour lutter contre la surpopulation. En effet, le downsizing permet de réduire les humains à une taille d’environ 12 cm. Chacun réalise que réduire sa taille est surtout une bonne occasion d’augmenter de façon considérable son niveau de vie. Cette promesse d’un avenir meilleur pousse Paul Safranek et sa femme Audrey à abandonner le stress de leur quotidien à Omaha, pour se lancer dans une aventure qui changera leur vie pour toujours.

Les premières minutes de Downsizing sont prometteuses. Normal, le réalisateur touche un sujet qui nous concerne tous : la survie de la planète. Cette solution semble très peu envisageable au début mais petit à petit, le cinéaste arrive à nous convaincre à travers le parcours de ce couple lambda. Et là viens l’overdose : Matt Damon sur Mars, Matt Damon rugbyman, Matt Damon américain moyen. On n’en peut plus de voir l’acteur révélé dans Will Hunting. Trop c’est trop !

Son ressort comique restant limité, l’acteur donne un ton plus grave que léger au récit. Et c’est bien cela le problème : Downsizing nous donne l’impression d’être une comédie et devient rapidement un drame avec quelques petits moments qui font sourire. Le sujet écrase le film. Il est impossible de s’attacher aux personnages. Les secondaires sont caricaturés tandis que la personnalité de Paul Safranek n’est pas approfondie. Et pourtant, Alexander Payne prend le temps de nous expliquer la situation en 2h15. Le film finit par tourner en rond très rapidement…

Downsizing est un véritable échec

Manque de véritables péripéties, de rythme, de tension… On regarde le film sans vraiment chercher à le comprendre. Le sujet est intéressant la première demi-heure, mais après cela devient complètement ennuyant. Le cinéaste disposait pourtant de tous les éléments pour réussir un bon film : un casting intéressant – on pense surtout à Christoph Waltz et Kristen Wiig – un bon budget pour créer des effets spéciaux, une histoire intéressante qui parle à tous pour un résultat décevant. Il n’y a que la présence de Hong Chau qui réussit à nous faire sourire.

Même si la rupture de ton est voulue par le réalisateur américain, on ne peut pas dire qu’elle soit réussie. Le discours pseudo-moralisateur vient plomber le film : Payne montre que dans ce monde, tout serait pareil. Les riches seraient encore plus riches tandis que les pauvres resteraient pauvres. Le sujet est important mais il est traité de façon ridicule. A aucun moment, on arrive à être touché par les situations de ces personnes. Le spectateur ne reste qu’en surface, il n’en comprend ni les causes, ni les effets. En plus d’être long, le film n’aborde pas les sujets les plus intéressants. Il se contente de détourner notre regard avec des scènes qui auraient pu être coupées au montage.

L’idée était bonne mais sa réalisation l’est beaucoup moins : Alexander Payne avait trouvé un sujet intéressant avec un énorme potentiel. Il l’a gâché. La réalisation et le scénario ne sont pas à la hauteur. Cependant, Downsizing aura eu le mérite de nous faire nous poser des questions : comment se sortir de cette impasse ? Est-ce que cette solution serait envisageable ? Comment pourrait-on faire pour éviter ce scénario ? C’est pas mal d’ouvrir le débat mais nous n’avions certainement pas besoin de 2h15 pour cela…

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