[Critique] Kings, film de Deniz Gamze Ergüven

[Critique] Kings, film de Deniz Gamze Ergüven

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Six mois après le suffocant Detroit de Kathryn Bigelow, c’est au tour de la réalisatrice Deniz Gamze Ergüven de s’intéresser aux émeutes raciales aux Etats-Unis avec Kings. Un saut de 30 années nous plonge dans les émeutes de Los Angeles, déclenchées suite à l’acquittement des quatre policiers blancs qui ont passé à tabac l’afro-américain Rodney King. Un film maladroit dans sa conclusion mais profondément révoltant.

Le scénario du film Kings

1992, dans un quartier populaire de Los Angeles. Millie s’occupe de sa famille et d’enfants qu’elle accueille en attendant leur adoption. Avec amour, elle s’efforce de leur apporter des valeurs et un minimum de confort dans un quotidien parfois difficile. A la télévision, le procès Rodney King bat son plein. Lorsque les émeutes éclatent, Millie va tout faire pour protéger les siens et le fragile équilibre de sa famille.

Kings, un drame humain écoeurant qui trouve malheureusement encore des échos aujourd’hui

Qu’un film comme Detroit se soit passé dans les années 60 ou que Kings se déroule en 1992 importe peu. Cela nous fait prendre conscience d’une chose : aux Etats-Unis, la situation des Noirs n’a hélas guère changé au fil des décennies. Ils sont toujours autant stigmatisés et peuvent se faire descendre à la moindre occasion par un policier ou un épicier sans que ces derniers ne soient réellement inquiétés. Un triste constat qui engendre souvent des émeutes dans diverses villes de ce beau « pays des libertés ».

Ainsi, à travers Kings, la réalisatrice du très remarqué Mustang, Deniz Gamze Ergüven, met à son tour en scène un pamphlet brûlant à l’égard du gouvernement américain. Car si les images du passage à tabac de Rodney King et du procès des quatre policiers nous rappellent que nous sommes bien en 1992, la narration, elle, s’amuse à brouiller la temporalité du récit. Un choix narratif ambitieux, et convaincant, qui nous scotche à notre fauteuil avant de nous donner envie d’enflammer à notre tour un cocktail Molotov.

Kings, portrait d’une famille atypique qui tente de rester dans le droit chemin

Que faire quand on est noir au moment de cette tragique histoire ? Continuer à vivre normalement comme si rien d’anormal ne planait constamment dans l’air ? Se révolter en silence ? Prendre les armes ? Pour ses enfants, Millie (Halle Berry) a choisi de garder un semblant d’humanité, de normalité. Un choix courageux mais difficile à réaliser face à la montée en puissance de la violence et des inégalités. Surtout lorsque certains des enfants qu’elle garde commencent à prendre conscience que quelque chose cloche.

Durant 90 minutes, Kings s’attarde ainsi sur le quotidien de cette famille singulière. Fratrie qui peine à joindre les deux bouts mais qui reste unie face à l’adversité. Chaque séquence déborde d’humanité pendant qu’en toile de fond, la révolte gagne du terrain. La tension se fait grandissante, la colère gronde jusqu’à exploser totalement lors de la dernière ligne droite décevante…

Des choix « bizarres » de la part de la réalisatrice Deniz Gamze Ergüven

Alors que les images d’émeutes nous laissent bouche bée, Deniz Gamze Ergüven décide d’inviter l’humour dans l’équation. Oui, l’humour. Et cela à travers les personnages au final creux incarnés par Halle Berry et Daniel Craig. Choix inattendu qui dénote complètement avec l’embrasement environnant. A tel point que l’on pense d’abord à une blague de mauvais goût. Avant de se rendre compte que non, Kings est bel et bien drôle par moment. Un choix qui peut s’expliquer de différentes manières (se raccrocher à une forme de légèreté lorsque tout est noir autour de soi) mais qu’on a bien du mal à digérer de notre côté. Et qui nous a un peu gâcher le plaisir pour être franc…

Bande-annonce du film Kings

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