[Critique] Le Jeune Karl Marx de Raoul Peck

[Critique] Le Jeune Karl Marx de Raoul Peck

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Alors que les inégalités sociales s’intensifient plus que jamais, le cinéaste de nationalité haïtienne Raoul Peck débarque dans nos salles de cinéma avec Le Jeune Karl Marx, biopic passionnant, et tristement d’actualité, sur les pères fondateurs d’une oeuvre révolutionnaire sans précédent, « bible » des révoltes ouvrières en Europe : Le Manifeste du Parti Communiste.

Qui étaient Karl Marx et Friedrich Engels, ces deux figures incontournables de la révolte ouvrière qui secoua l’Europe au 19e siècle ? Durant près de deux heures, le réalisateur du puissant documentaire I am not your Negro dresse le portrait de ces deux jeunes insurgés qui cherchent à s’organiser face à un Capital effréné qui dévore tout sur son passage. A travers des séquences « banales » visant à accroître l’humanité et le réalisme de son oeuvre, Raoul Peck dépeint deux penseurs, l’un pauvre, l’autre né avec une cuillère d’argent dans la bouche, arrogants et provocateurs de surcroît, qui n’hésitent pas à secouer toutes les personnes qui se dressent sur leur passage, alliés comme ennemis. En découle une épopée passionnante malheureusement non exempte de tout reproche…

Le Jeune Karl Marx, ou la difficulté de façonner un portrait complet en (seulement) deux heures

Comment traiter d’un homme aussi complexe que Karl Marx en si peu de temps ? Comment privilégier tel pan de sa personnalité et choisir d’en occulter d’autres ? L’exercice est complexe, périlleux même. Et cela ternit malheureusement l’oeuvre de Raoul Peck. Si la vie de ce journaliste et jeune philosophe de 26 ans, victime de la censure d’une Allemagne répressive, est dans son ensemble minutieusement retranscrite, certains points laissés sciemment ou non en suspens dérangeront les spectateurs les plus pointilleux.

Ainsi, pour ne citer qu’un exemple : comment expliquer que Karl Marx est sans cesse sans le sou et « se vante » d’être, a contrario de son ami Friedrich Engels, au plus près du peuple opprimé alors qu’il vit dans de beaux appartements parisiens et ne semble jamais à court d’élégants vêtements chauds ? Des contradictions sans doute légitimes quand on se penche en profondeur sur l’histoire de cet homme qui s’est battu toute sa vie pour amincir les inégalités sociales entre les peuples, mais qui reste ici sans réponse. Avec si peu de temps, Raoul Peck n’a pu rester qu’en surface et passer à toute vitesse sur les tournants marquants de la jeunesse de Karl Marx. Un constat aussi décevant qu’inévitable qui n’enlève en rien les qualités intrinsèques de ce film maladroit mais nécessaire.

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