[Critique Livre] Vernon Subutex (tome 1) de Virginie Despentes

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Comment décrire l’univers de Virginie Despentes ? Cash, trash, grossier mais qui sonne toujours juste à nos oreilles ? Oui, pourquoi pas… Une chose est sûre, le tome 1 de Vernon Subutex ne peut pas vous laisser indifférent chers lecteurs.

Dans les années 80, Vernon Subutex était sans se vanter un des disquaires les plus côtés de la capitale. Mais la crise du vinyle et de manière plus large du disque l’a obligé à fermer boutique. De jeune parigot branché qui enchaîne les bars et les conquêtes, il devient un être renfrogné vivant des aides sociales, un looser qui se pignole devant des pornos et retarde le plus possible le moment où il devra, inéluctablement, sortir de chez lui. La mort d’un de ses amis, Alex Bleach, célèbre chanteur de rock qui l’aidait à payer son loyer un peu trop souvent, va le précipiter à la rue, et amener de nombreuses personnes à vouloir entrer en contact avec lui…

Vernon Subutex, miroir d’une société en pleine crise identitaire

A travers ce personnage terriblement attachant, et un tantinet méprisable, Virginie Despentes dresse un portrait peu flatteur de notre société individualiste. Celle-là même qui daigne se tourner vers les autres uniquement pour servir ses propres intérêts. Au gré de ses rencontres, Vernon Subutex se retrouve ainsi confronté aux racistes qui ne pensent qu’à « casser du bougnoule », aux requins qui tueraient père et mère pour une once de pouvoir, aux « pétasses » qui souhaitent faire souffrir les mecs pour se venger d’une lointaine désillusion amoureuse… De la manière dont nous les évoquons, les traits peuvent certes paraître grossiers mais chaque personnage dépeint par l’écrivaine sonne tristement juste.

La violence, physique et mentale, la haine, le désespoir, les rêves avortés à tout jamais jonchent notre quotidien, entachent notre peau d’une encre qui semble indélébile. Le sort réservé à Vernon Subutex, qui se clochardise lentement mais surement, n’en devient que plus touchant, vibrant. Cet homme naïf apparaît ainsi comme la sonnette d’alarme d’une écrivaine qui, avec cet aspect brut de décoffrage qui fait son charme, tente de nous faire prendre conscience de la manière la plus crue et abrupte possible d’une chose que nous ne voyons pas du haut de notre tour d’ivoire, de notre cocon protecteur : dans une société où le moi l’emporte sur le nous, chaque virage un peu mal négocié, chaque choix un peu branlant peuvent avoir de terribles conséquences. Réveillez-vous !

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