[Critique Série] Black Mirror – Saison 4

[Critique Série] Black Mirror – Saison 4

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Une fois n’est pas coutume, Black Mirror nous a fascinés. Estomaqués même. Retour sur les nouvelles pépites du visionnaire Charlie Brooker, épisode par épisode.

USS Callister de Toby Haynes

Le co-directeur d’une société créatrice de jeux vidéo est la risée de sa propre entreprise. De ses employés comme de son partenaire. Manquant cruellement de courage, et sans cesse méprisé, il se venge en faisant vivre un enfer aux personnages virtuels de la simulation qui a rendu son entreprise célèbre. Personnages qui sont la copie conforme des personnes qu’il côtoie au quotidien…

Considéré comme l’épisode le moins réussi de la saison 4 de Black Mirror, USS Callister reste toutefois un excellent exercice de style. Et une peinture de notre société encore une fois peu flatteuse. En mettant en scène un être mal dans sa peau, moqué et pas courageux pour un sou, Toby Haynes met en lumière un psychopathe en devenir. On pense forcément aux nombreuses tueries américaines. À ces êtres instables et paumés qui, un beau matin, décident de prendre les armes. C’est parfaitement amené et impeccablement incarné par Jesse Plemons, sosie rondouillard de Matt Damon aperçu dans les séries Fargo et Breaking Bad.

Arkangel de Jodie Foster

Après avoir eu la peur de sa vie, une mère célibataire décide de suivre sa fille à la trace. De savoir exactement où elle se trouve et voir à travers ses yeux dès qu’elle le souhaite. Elle l’amène ainsi chez Arkangel, une société spécialiste du contrôle parental où une puce lui est implantée dans le cerveau. Après avoir utilisé cette technologie à outrance, elle semble s’être calmée. Un mensonge de sa fillette adorée, désormais adolescente, va la refaire basculer dans un control freak nocif.

Réalisé par Jodie Foster, Arkangel est une plongée malsaine dans l’éducation parentale. Doit-on surveiller les moindres faits et gestes de son enfant pour le protéger du monde extérieur, quitte à l’étouffer ? Est-il nécessaire de lâcher du lest pour lui permettre d’apprendre seul ? Des questions qui finissent par anéantir cette mère soucieuse du bien-être de sa fille. Si la conclusion d’Arkangel n’est pas la plus surprenante de la série, son cheminement, lui, est fascinant. Et il l’est sans doute encore plus si vous avez des enfants…

Crocodile de John Hillcoat

En revenant d’une soirée arrosée, un couple heurte, et tue, un cycliste. Pris de panique, le conducteur décide de faire disparaître le corps. Quinze ans plus tard, alors que chacun a pris un chemin différent, ce dernier informe son ancienne compagne qu’il souhaite se dénoncer. Seul problème : devenue architecte de renom, elle n’est clairement pas prête à abandonner sa nouvelle vie…

Avec Crocodile, le réalisateur de La Route et Des Hommes sans loi nous entraîne dans l’épisode le plus glauque de Black Mirror. L’escalade meurtrière de cette self made woman est inéluctable. Durant près d’une heure, on assiste à sa folie grandissante. Les nerfs à vif, esseulée de toutes parts, elle tente de s’en sortir sans faire plus de dégâts. En vain. La machine infernale lancée à pleine vitesse est désormais inarrêtable. Jusqu’où ira-t-elle pour éviter à son foyer de voler en éclats ? La dernière ligne droite, intense et suffocante, jouit d’un twist aussi rocambolesque que formidable. Digne des plus grands polars littéraires.

Hang the DJ de Tim Van Patten

Désormais, inutile de chercher l’âme soeur, une application révolutionnaire s’en charge à votre place. Grâce à elle, les participants se voient attribuer des partenaires via un algorithme à la pointe de la technologie. Douze heures, trois semaines, cinq années… La durée de chaque relation est connue des deux parties dès la première rencontre. Et cela, jusqu’à ce que la machine, fiable à 99,8%, trouve l’être avec qui vous allez passer le reste de votre vie. Dans ce climat délétère où la surprise n’est plus de rigueur, deux personnes vont avoir un coup de foudre réciproque.

Une histoire d’amour vibrante, passionnante. Voilà comment résumer Hang the DJ, course effrénée pour trouver « partenaire particulier », et dresser un portrait peu flatteur, cynique, des applications de rencontres qui poussent comme des champignons. À travers le portrait de ces Roméo et Juliette 2.0 qui rejettent les diktats érigés par une société qu’ils remettent peu à peu en cause, c’est la jeune génération qui est pointée du doigt. Celle-là même qui consomme les individus comme on va au McDo. Libératrice, cette pratique apparaît comme toxique lorsque les sentiments sont mis de côté au profit d’une voracité sexuelle traduisant une solitude latente. En résulte un épisode délicat, nuancé, très bien écrit et magistralement interprété par Georgina Campbell et Joe Cole. Les fans de Peaky Blinders n’auront d’ailleurs pas manquer de reconnaître ce dernier…

Metalhead de David Slade

Dans un monde post-apocalyptique, les robots ont pris le pouvoir. Une poignée d’humains tentent de résister à cette terrible domination.

Épisode le plus court de cette quatrième saison de Black Mirror, Metalhead est un exercice de style savamment orchestré. Durant 40 minutes, David Slade (Hard Candy, American Gods…) nous plonge dans une chasse à l’homme suffocante. Celle d’une femme traquée sans relâche par un robot à quatre pattes infatigable. Et, pire, inflexible quant à sa mission : tuer tous les êtres humains qui croisent son chemin. Un Terminator-like aussi stressant que fascinant, notamment grâce à une image en noir et blanc envoûtant.

Black Museum de Colm McCarthy

En attendant que la batterie solaire de son véhicule soit rechargée, une jeune femme en profite pour aller faire un tour au Black Museum. Ce musée, loin de toute civilisation, expose des artéfacts criminels rares. Certains cachent d’ailleurs une histoire terriblement triste, et glauque, que le maître des lieux se fait une joie de conter à son hôte.

Si le dernier épisode de Black Mirror contient une multitude de pépites scénaristiques, il est, dans l’ensemble, décevant. Rythme bâtard, narration décousue, acteurs peu convaincants… Aucun élément ne tire son épingle du jeu, suffisamment en tout cas pour nous tenir en haleine jusqu’à un dénouement prévisible. Restera, comme toujours avec le scénariste Charlie Brooker, une créativité sans faille autour de la technologie et ses dérives. Au coeur du système médical cette fois. Glaçant.

Pour poursuivre l’aventure Black Mirror, on vous invite à lire notre critique de la saison 3 de la série créée par Charlie Brooker.

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