« Dieu est mort. Et moi non plus j’me sens pas très bien ! » (Critique et interview)

« Dieu est mort. Et moi non plus j’me sens pas très bien ! » (Critique et interview)

[Critique] Mariana de Marcela Said
« Le Feu du Poète », l’homme aux yeux bleus perçants et la poésie au Studio Hébertot
« Absolutely Hilarious », un plateau d’humour hétéroclite et sur-vitaminé !

Nous nous étions délectés de la précédente version du spectacle, « dieu est mort ». Un titre qui interpelle. Aujourd’hui, deux personnalités riches en contrastes, pour un duo engagé rock-poétique, sur le flot des souvenirs tendres (ou pas) de l’enfance et le rapport à Dieu.

Un humour décapant entre les Monty Python et Woody Allen, Voltaire et Devos

« Et Dieu créa la femme… »

En 2015, nous avions découvert Régis Vlachos en solo. Le « petit garçon » est aujourd’hui accompagné d’une présence féminine à la guitare électrique, dans une histoire autobiographique dont nous devinons les contours tragiques.

Avec une liberté jubilatoire, le comédien joue ce petit garçon qui grandit et raconte sans fards la mort de Dieu. Bha oui, tant qu’à faire ! Le spectacle est fait de souvenirs d’enfance poétiques et décalés, une régression intelligente parsemée de règlements de compte… avec soi-même ? Ancien professeur de philosophie, le comédien nous embarque dans un cours de philo en banlieue hilarant, qui bien-sûr dégénère gaiement. Régis Vlachos n’hésite pas à mettre la tête dans un aquarium, à nous raconter une séance chez le psy ou même rire à gorge déployée des manies de sa mère à l’accent chantant.

Un spectacle complètement barré !

On adore ce titre qui en ferait frémir plus d’un au confessionnal. On est très attendris par ce petit garçon un peu perdu dans ce monde trop grand pour lui, qui réfléchit peut-être un peu trop fort, trop haut pour son âge, et devient cet adulte alchimiste d’une folie joyeuse toute philosophique.

Lorsque Michel Sardou apparaît sur la petite télévision, le spectacle prend une tournure kitsch seventies tordante. Le texte lyrique et puissant, écrit en hommage à Charlie Hebdo, nous en fait voir de toutes les couleurs. Une palette impressionniste pour un voyage en Absurdie moderne, frémissant d’audace et d’intelligence. Un sujet terriblement actuel, la même question inlassablement posée depuis la nuit des temps…

Régis Vlachos et Charlotte Zotto.

Interloqués par cette question de l’existence de Dieu que tout un chacun se pose un jour (ou même tous les jours !), nous avons souhaité discuter autour d’un verre avec Régis Vlachos. Et c’est peu dire que nous avons envie de filer prendre en urgence des cours de philosophie.

Régis, peux-tu s’il-te-plaît nous dire quelles ont été tes inspirations philosophiques ?

J’ai été longtemps inspiré par le philosophe Spinoza.

Dans quel but commences-tu par ta blague sur les juifs ?

J’utilise ma blague sur les juifs comme angle d’attaque théâtral. Mon objectif est de théâtraliser et rendre drôle les impasses métaphysiques de la religion.
Ma première blague juive, c’est :
– « Il y a un dieu !!! »
– « ah ah Dieu a créé l’univers ? À ouhais ?!! Et avant qu’est-ce qu’il foutait ?!! »
Ce spectacle est aussi ma rébellion contre une certaine éducation.

Est-ce un spectacle autobiographique ?

Ma colère dans ce spectacle est métaphysique et politique…Mais comme toute colère elle s’origine dans un drame personnel. En gros j’oppose l’immanence d’une existence terrestre à la transcendance absurde des croyances. La religion est la sublimation de la névrose humaine d’une existence vouée à la mort, sans père… Je préfère ma colère qui est la sublimation d’une névrose personnelle liée à mon histoire. Chez Freud la religion est la névrose d’une humanité qui se retrouve libre, sans repère…Repère… sans père… La religion ou même Dieu est l’effet d’une détresse humaine… et pour croire il faut s’aveugler sur la cause qui est l’histoire, ou la névrose dont parle Freud.

Est-ce que tu crois en Dieu ?

Quant à moi je ne m’aveugle pas, j’avoue que ma colère a une origine qui est une vie terrestre avec ses douleurs; et ces douleurs, j’en ai fait une colère métaphysique.
Bah non je ne crois pas en une absurdité, une hypothèse improbable, quelque chose d’absurde inventé par les hommes…

Mais l’amour aussi est une idée inventée par les hommes. Quelle différence avec Dieu?

L’amour aussi est une idée inventée par les hommes que l’on peut ressentir comme la croyance… À part que l’amour est porteuse de belles choses humaines…. Émancipatrices, salvatrices… Tandis que Dieu n’est porteur d’aucune belle chose… à part Bach à la limite ! L’idée de Dieu n’a jamais fait avancer l’humanité…

Régis Vlachos.

Auteur : Régis Vlachos
Artistes : Régis Vlachos, Charlotte Zotto
Metteur en scène : Franck Gervais
Crédits photo : Pierre François & Xavier Cantat

Informations pratiques : Après le fabuleux succès au Festival Off d’Avignon 2017 (un spectacle complet pendant plus de 3 semaines, et ce plusieurs jours à l’avance…) 15 représentations exceptionnelles au théâtre de la Contrescarpe tous les dimanches à 20h30. Rendez-vous dès le 10 septembre 2017 !

 

Le comédien Régis Vlachos début 2017 à l’Essaïon Théâtre.

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