« Le Feu du Poète », l’homme aux yeux bleus perçants et la poésie au Studio Hébertot

« Le Feu du Poète », l’homme aux yeux bleus perçants et la poésie au Studio Hébertot

Un « Rodeo Drive » qui secoue le cocotier rose-sang de nos émotions les plus noires
« L’amante anglaise » de Duras fleurit à l’ombre du drame au Lucernaire
Labeloboi, un conte de fées délicieusement barré à l’Auguste Théâtre

Ecouter de la poésie n’est jamais un paris gagné d’avance. Luchini le fait régulièrement, avec humour et anecdotes qui allègent les alexandrins et la poésie en prose, qui parfois « plombent » le spectateur. Ici, Jean-Baptiste Ponsot poursuit son exploration des pays chimériques à travers les grands poètes (après « Le Sens de la Terre » et « Ecce Deus »), tout en offrant un chemin explicatif bienvenu.

Cinq grands poètes de la chute à la célébration de la vie.

Les lumières changent, le jeune homme s’avance, la barbe sombre et les bras ballants. Une gestuelle simple, une mise en scène sobre et sombre. Une voix qui enrobe. Enfer ou ciel, peu importe. Baudelaire est notre premier hôte. On part ensuite en voyage avec le Bateau ivre et « les PeauxRouges criards » de Rimbaud, pour qui « Les Aubes sont navrantes, Toute lune est atroce et tout soleil amer ». « Je me suis baigné dans le poème de la mer » insiste le mélancolique poète. Les poètes sont-ils condamnés à la mélanchronie, soit la mélancolie chronique ? Entre chaque poésie rassemblée selon un ordre précis, Jean-Baptiste Ponsot nous donne des éléments d’explication, et surtout de réflexion. Ainsi on apprend : « Hugo sait qu’on est dans l’impossible, mais il ne s’arrête pas pour autant. L’âme doit civiliser ». L’écrivain, le poète a une utilité précise dans la vie des hommes. Quelle énergie à travers tous ces mots rassemblés, les fruits défendus d’une rêverie créative entre le sommeil et l’éveil. Le poète est rempli du feu, de la passion, une intensité de la vie qui lui fait écrire toutes les folies, la mort, le désespoir, l’amour, l’espoir. Raconter les pires tourments, les émotions les plus intimes, et surtout partager finalement ce feu à ses lecteurs. Le poète meurt mais son oeuvre perdure. Ce rythme entre les lignes, cette liberté qui suinte de chaque alexandrin, la folie toute proche. Ces vers qui viennent tout seul dans une incroyable gymnastique de l’esprit, pour le moins mystérieuse. Nietzsche fait également partie du voyage, avec sa lucidité qui exclue cette fois tout romantisme, emplie d’une certaine légèreté et pour qui « l’absolu est inimitable ». Un Nietzsche animé d’un désir d’éternité, mais qui ne l’est pas ? Whitman clôt cette mise en abîme des mots et des maux, une rencontre fertile entre la philosophie et la poésie. Demain, hier, les aubes sont merveilleuses…

Auteur : Baudelaire, Rimbaud, Hugo, Nietzche , Whitman
Artiste : Jean-Baptiste Ponsot
Metteur en scène : Jean-Baptiste Ponsot

Musique : Exodus de Kilar (BO de « Knight of cups », film de Terrence Malick)

Informations pratiques : Le feu du poète se joue tous les samedis à 15h au studio Hébertot jusqu’au 30 décembre 2017. 78 bis Boulevard des Batignolles dans le dix-septième arrondissement de Paris. Un théâtre très confortable à la programmation irréprochable et passionnée.

COMMENTAIRES

WORDPRESS: 0