La loi des prodiges (ou la réforme Goutard), à ne pas rater au théâtre de La Tempête de La Cartoucherie !

La loi des prodiges (ou la réforme Goutard), à ne pas rater au théâtre de La Tempête de La Cartoucherie !

[Avignon Off] : « CONSEIL DE CLASSE », le seul en scène de Geoffrey Rouge-Carrassat détonne !
« Nouveau(x) genre(s) », une invitation intime à la psychanalyse à la Manufacture des Abbesses
« Être ou Paraître » le langage saisissant du corps et du coeur au Studio Hébertot

François de Braueur nous enseigne par un seul en scène hilarant et éclairé, que la première valeur du théâtre et de l’humanité est l’étonnement qui construit les rencontres. S’y ajoute notre surprise de découvrir un immense artiste à ne pas manquer.

Une pièce créée en 2014 pour le Festival Off d’Avignon.

Écrite, réécrite et retravaillée par son auteur François de Braueur avec l’aide de Louis Arène, sociétaire de la Comédie-Française et de l’actrice Joséphine Serre, ce seul-en-scène revient aujourd’hui ou plutôt renaît aujourd’hui dans la salle Copi de la Tempête. Avec quelques chaises et une création lumière qui gagnerait à être améliorée, la pièce très drôle est un chef-d’œuvre d’écriture d’interprétation et d’art dramatique. Plateau plongé dans le noir, la musique du prologue de 2001 l’odyssée de l’espace retentit en préambule de ce qui sera la chronique de la vie mouvementée et délicieusement décalée de Remi Goutard. Mais l’air du « Ainsi » Zarathoustra de Richard Strauss, qui sert de son à la scène de l’accouchement, est joué comme un disque raillé sur un tourne-disque fatigué. Déjà la naissance hilarante et décalée signe la vie de Remi Goutar. Elle sera étrange, drôle. Les premiers rires sont un bon présage.

Remi Goutard, à la suite d’un traumatisme de l’enfance, développe une utopie qui lui tient de fantasme. Dans une société où l’art serait interdit, la police enferme des créateurs et des artistes. Par l’effet retour du texte de François Braueur, l’artiste interprète un personnage qui rêve de tuer l’artiste. La tension comique est construite autour de cette contradiction. Durant une heure quarante trop vite passée, François Braueur chemine sur ce ruban de Moebius, sans jamais attraper son fantasme sauf via le rêve merveilleux de la dernière scène. La pièce de théâtre tient à ce fil. François de Braueur nous raconte la vie de son anti-alter ego en incarnant, avec une aisance acquise dans d’anciennes performances d’improvisation, plus de vingt personnages. On pense au talent d’un Philippe Caubére ou d’un Philippe Lelièvre.

Une rencontre inoubliable avec Francois de Brauer

Hors quelques chaises, le plateau est nu. Les aventures de Goutard nous transportent vers une maternité, un appartement, un musée, un cabinet de psychanalyste, un plateau de télévision ou encore l’Assemblée Nationale. Au final, le vaste bureau d’un dictateur à la Ubu sera l’endroit des questionnements sur l’art contemporain. On pense au récent « Art » de Yasmina Reza ou à l’excellent « L’Affaire Dussaert » de et avec Jacques Mougenot. Le sujet est connu, mais la pièce fondée sur un syllogisme comique est une comédie irrésistible. La facilité apparente du jeu, enrichi de la joie communicative de l’auteur-comédien garantit ici une construction théâtrale efficace, où la salle parfois prise à partie concède avec allégresse à être engagée dans cette joie. Le rire est celui de l’audace, de l’inattendu et de cet étonnement de notre rencontre avec le prodigieux François de Braueur.

Ecriture et interprétation : Francois de Braueur

Durée : 1H40

Crédit photo : DR

Informations pratiques : la loi des prodiges (ou la réforme Goutard se joue à La Tempête, La Cartoucherie de Vincennes, du mardi au samedi à 20H30 et le dimanche à 16H30.

COMMENTAIRES

WORDPRESS: 0