« Le réserviste », la jeunesse s’insurge et crée au théâtre de Bellevillle

« Le réserviste », la jeunesse s’insurge et crée au théâtre de Bellevillle

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Dans cette pièce absurde et énergique, sur les thèmes du chômage et du rapport au travail des jeunes générations, pointe une ode au droit à la paresse, menée avec humour et créativité. Mais pas uniquement.

Trois narrateurs pour l’histoire du « réserviste »

Sur la belle scène du théâtre de Belleville, deux des comédiens arranguent le public dès l’entrée des premiers spectateurs. « Il y a des gens qui ont traversé la rue ce soir ? », s’amusent-ils en référence à la dernière punchline présidentielle. « Nous, on a beaucoup essayé », poursuivent ils, « au top du top de la motivation ». Nous sommes dans la « réserve », un appartement en colocation dont les 3 jeunes habitants sont submergés de plantes « sauvées » par leurs soins. Le trio est le plus souvent noyé dans les « vagues de pixel » de la télévision, qui « défile en continu » des images qui leur donnent le tournis. Dans une narration originale à trois, l’histoire est ici racontée à la première personne du singulier. Le personnage principal se pose beaucoup de questions. Le téléviseur est-il « plus con » que lui ? Comment éloigner « les parasites » ? Mais il ne faut pas s’y tromper ici : la pièce n’est pas qu’un bric à brac délirant parcouru de phrases percutantes en rafale. cette création théâtrale porte  une vraie réflexion autour de « l’armée de réserve des travailleurs ». Un concept économique développé par Karl Marx, qui désigne l’ensemble des travailleurs potentiels qui n’ont pas d’emploi. Cet excès de population volontairement produit par le capital, selon Marx, permettrait de réduire les salaires et de maintenir le rapport de force du côté des employeurs.

De l’art d’échouer du paresseux

Dès lors, notre héros des temps modernes se trouve enfin un statut : celui de « réserviste ». Un sens à sa vie que ne partagera pas l’ANPE, radiant bientôt le jeune-homme de ses listes. Dans cette création, l’équipe artistique n’a pas peur de casser le rythme. A différents moments de la pièce, nous assistons à la prise de pouvoir d’une radio pirate sur les ondes de France Inter. Les 3 comédiens cachés derrière leur masque de paresseux, une bière belge à la main, forment « Radio paresse », produisant un effet de surprise très amusant et réussi. Une image puissante d’ailleurs reprise dans l’affiche de la pièce. Dans cette mise en scène moderne et relevée, et ce texte clair au franc-parlé rafraichissant, le spleen moderne 100 000 volts traite le sujet le plus sérieux, celui du sens de la vie, avec une dérision et une imagination saisissantes. On aime la musique pop de la bande son, et les projections de phrases qui nous interpellent entre deux questions existentielles. « Le réserviste » est une introspection nihiliste parfois douloureuse, éclairée et adoucie par le talent de l’équipe artistique, dans une mise-en-scène inimitable. On pourrait reprocher ici le trop plein d’idée qui viendrait parasiter notre compréhension de l’histoire, mais il ne faut jamais décourager l’intention créative des jeunes artistes. Surtout ceux qui prennent des risques en expérimentant, partageant avec les spectateurs toute l’essence de leur créativité, et leurs pensées les moins socialement acceptables. Une pièce à découvrir rapidement au théâtre de Belleville.

Texte : Thomas Depryck

Mise en scène : Alice Gozlan

Avec : Zacharie Lorent, Julia de Reyke, Mélissa Irma

Collaboration artistique : Zacharie Lorent

Scénographie : Salma Bordes

Création lumière : Sarah Meunier-Schoenacker

Régie : Genséric Coléno-Demeleunaere

Informations pratiques : la pièce « le réserviste » se joue encore jusqu’au 30/10/2018 au théâtre de Belleville, les lundis et mardis à 21h15, et le dimanche à 20h30,  au 94 Rue du Faubourg du Temple dans le 11e arrondissement de Paris.

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