« L’Impasse » de Julien Romano, actuellement au Théâtre Clavel (Paris 19e)

« L’Impasse » de Julien Romano, actuellement au Théâtre Clavel (Paris 19e)

Un « Fin de Partie » poignant à l’Essaion, avec le troublant Philippe Catoire et le profond Jérôme Keen
[Festival d’Aurillac] « Ici, un Spectacle​ ! » mêle le burlesque, un excellent texte, la musique et les rires !
Ambiance aussi cynique que festive avec « L’influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine »

Sombre, violente, crue et pourtant terriblement poétique… les adjectifs ne manquent pas lorsqu’il s’agit de poser des mots sur la pièce coup de poing de Julien Romano, « L’Impasse ». À la fois metteur en scène et comédien, l’artiste transporte le spectateur dans un monde où l’agressivité a depuis longtemps obscurci le cœur des hommes. Il ne lui épargne rien, le bouscule et le force à soutenir l’insoutenable. Jamais la zone de confort du public n’aura été autant secouée.

Un jeune skinhead en train de cloper sur un banc. Une femme enceinte d’origine maghrébine sur l’autre. L’un attend nerveusement son frère fraîchement sorti de prison, l’autre veut juste profiter de beau temps et lire son roman. D’entrée, une légère tension s’installe. Et l’arrivée du frangin ne va rien arranger à la situation… Brutalité physique et humiliation verbale s’abattent sur chacun des personnages. On pense forcément à « La Haine » de Mathieu Kassovitz, à cette jeunesse paumée et à ses rêves oubliés dans un placard poussiéreux. On entre-aperçoit la force des films de skinhead. « This is England », « American History X » et « Romper Stomper » pour ne citer qu’eux. On espère secrètement une porte de sortie, une échappatoire à cette souffrance parfois insoutenable. Il va pourtant falloir prendre son mal en patience. « L’Impasse » est une œuvre brutale, âpre, qui n’offre aucune respiration à un public happé du début à la fin par ce torrent de haine et touché en plein cœur par ce revirement de situation inattendu. Disons-le clairement, la pièce de Julien Romano est une expérience d’une grande intensité.

Des comédiens magnétiques et une mise en scène fascinante

Karen Peyrard, Julien Romano (qui n’est pas sans rappeler un certain Vincent Gallo) et Jonathan Bruzat possèdent, chacun à leur manière, une aura envoûtante. Ils captivent et fascinent autant qu’ils énervent et répugnent. Au milieu de ces sentiments contradictoires, une énergie inébranlable. Difficile de savoir comment les comédiens vivent leur interprétation au quotidien, mais nous sommes éreintés pour eux. Chaque centimètre de leur corps semble vibrer, chavirer sous le poids d’une émotion extrême. Ajoutez à cela une mise en scène somptueuse (notamment avec une séquence au ralenti aussi effroyable que sublime) et une bande-son ensorcelante (dont un morceau du groupe français « Fauve ») et vous obtenez une pièce de théâtre déstabilisante qui sera sans doute difficile à vivre pour certains. L’expérience n’en demeure pas moins fascinante.

https://youtu.be/L4F7etiPMk8

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