Un « Lorenzaccio » sous ectasy, esthétique et surprenant au Théâtre de l’Aquarium

Un « Lorenzaccio » sous ectasy, esthétique et surprenant au Théâtre de l’Aquarium

« Le regard de l’autre », comme un feel-good movie yankee, rafraîchissant et hilarant (Critique et rencontre)
« Pour un oui ou pour un non », un piège textuel déceptif
Un « Bouquet Final » qui sème le chaos à la Comédie Caumartin

Mis en scène par Catherine Marnas, cet objet visuel moderne nous convie à un bain d’humour, de beaux mots, de révolte et de folie impure. L’occasion de redécouvrir cette pièce de Musset réputée injouable (80 personnages, 36 décors !), sous le prisme d’un traitement binaire de la perfidie et du désenchantement de la société lettrée florentine de 1537.

« Je me suis réveillé de mes rêves, rien de plus » – Lorenzo

2 heures sans entracte, en compagnie d’une meute d’adolescents venus avec leurs professeurs. La promesse d’une soirée compliquée ? Passé le choc inaugural du plateau transformé en dance-floor sur de la musique eléctro, au centre duquel se trémousse un Lorenzo de Médicis frénétique grimé en « Brice de Nice », les adolescents hilares ne peuvent garder pour eux leurs émotions. Une réaction spontanée qui se fait rafraichissante, là où la pièce questionne les attraits du vice. Bien-sûr cette tragédie portée par 8 comédiens courageux est caricaturale de son écriture à sa mise en scène, mais Catherine Marnas réussit le pari de nous emmener en voyage au sein d’une Florence moderne, « noyée de vin et de sang ». En pleine crise orgiaque, la ville de la renaissance est en réalité tyrannisée par son despote Alexandre de Médicis. Dans leurs déguisements osés, les hommes brutaux s’embrassent. Le champagne coule à flot et les jeunes filles en fleur subissent leur harcèlement. Et pire encore. Chaque lendemain de fête, Florence semble renaître de son obscurité. Rongé de honte, Lorenzo fait un « bad-trip ». Le duc de Florence, lui, quitte son costume blasphématoire de « religieuse » pour un séduisant costume-cravate noir et blanc. Le carnaval florentin de la veille a été rude. Dans cette fable anachronique, les comédiens essuient leurs maquillages. Le ton et l’ambiance musicale se font d’un coup solennels. C’est un soulagement de poursuivre ce spectacle de manière un peu plus conventionnelle, comme une joie de se faire bousculer peu après par l’accélération soudaine des affres du vice humain, sous la plume enivrante d’un Musset tout juste âgé de 23 ans.

« Je jette la nature humaine à pile ou face sur la tête d’Alexandre » – Lorenzo

Le plateau large et long du Théâtre de l’Aquarium offre de multiples possibilités de mise en scène, exploitées ici avec intelligence par la metteur en scène Catherine Marnas, directrice du Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine et de son école d’acteurs, l’Éstba. On passe en un clin d’oeil de l’orgie colorée au silence grave de la corruption, et vice-versa. L’ambiance sonore puissante oscille entre les Daft Punk (titre « Aerodynamic »), des sons de battements de coeur et de feux d’artifice. Des guitares électriques et pourquoi pas un peu d’ « Air Guitar » ? Tout est possible pour celle qui souhaite démocratiser le théâtre. Le masque de la colère, la manipulation, la vertu, l’orgueil et la honte s’affrontent dans un jeu de quilles inégal, truqué par la fatalité tragique. Dans sa laide nonchalance, Lorenzaccio cache bien son jeu stratégique pour sauver sa Florence. On aime les décors baroques, les cotillons, les revirements de situation et la scénographie à multiples tableaux. L’image saisissante de la mort de la jeune fille en fleur, enlacée par son père tendre et remué de larmes, nous hantera longtemps.  Cette pièce écrite en 1834 fait vibrer notre imaginaire comme notre palpitant. Un spectacle osé, d’une beauté à couper le souffle, à découvrir encore jusqu’au dimanche 15 octobre 2017.

« Le mal existe, non pas sans le bien, comme l’ombre existe, mais non sans la lumière. » – Lorenzo

Auteur : Alfred de Musset
Artistes : 
Clémentine Couic, Julien Duval, Zoé Gauchet, Francis Leplay, Franck Manzoni, Jules Sagot, Yacine Sif El Islam, Bénédicte Simon
Metteur en scène : 
Catherine Marnas, assistée d’Odille Lauria

Scénographie : Cécile Léna, Catherine Marnas
Lumières : Michel Theuil
Création sonore : Madame Miniature avec la participation de Lucas Lelièvre
Costumes : Edith Traverso, Catherine Marnas
Maquillage : Sylvie Cailler
Fabrication décor : Opéra National de Bordeaux

Informations pratiques : « Lorenzaccio » se joue au Théâtre de l’Aquarium jusqu’au dimanche 15 octobre 2017, tous les jours sauf le 14 octobre 2017, à 16h ou 20h selon les jours. Le Théâtre de l’Aquarium se situe à La Cartoucherie dans le parc floral de Vincennes, 2 Route du Champ de Manoeuvre dans le douzième arrondissement de Paris. Tél. : 01 43 74 99 61. Des navettes gratuites régulières vous conduiront entre l’arrêt de métro Château de Vincennes (Sortie n°6 du métro) et la Cartoucherie, pendant 1h avant et après le spectacle. À ne pas rater : l’ambiance bonne enfant et les petits prix du bar-restaurant du théâtre.

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