« Love me tender », une pièce à ne pas rater, mise en scène par Guillaume Vincent au théâtre des Bouffes du Nord

« Love me tender », une pièce à ne pas rater, mise en scène par Guillaume Vincent au théâtre des Bouffes du Nord

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Guillaume Vincent s’empare ici de six nouvelles de l’auteur américain Raymond Carver, et nous compose un voyage dans l’univers des couples en banqueroutes. Dans cette pièce interprétée par huit comédiens, chacun défendant deux rôles différents, les personnages cherchent à s’accorder les uns aux autres, chacun contournant avec un valeureux mais inutile faux semblant, les désaccords, griefs et maladresses.

Une pièce divisée en 2 actes opposés

Le premier acte est hilarant à la manière d’un soap opéra, nous devrions écrire ici plutôt dans l’esprit d’une parodie d’un feuilleton télévisé US. Dans un biais d’auto dérision d’une classe moyenne américaine perdue dans des valeurs de cartons pâte et des discours empruntés, des couples vont recevoir d’autres couples sans jamais rien dire sauf des poncifs des banalités, ou sous l’effet de l’alcool commettre des petits sacrilèges convenus. La caricature de cette classe moyenne est si proche de nous que Carver force le rire de conjuration. On rit beaucoup de cette beaufitude pour exorciser nos peurs. On a dit que Carver était le Tchekhov américain et que les litres de Gin remplaçaient le samovar. Car comme chez Tchekhov, il faut que quelque chose change. Le premier acte de « Love Me Tender » modifie la partition; nous croirons quelques instants que quelque chose d’immuable et de stable serait possible si les êtres jouaient le jeu social ou leurs petits scénarios pitoyables. Occupés au kitch et au futile, les couples paraissent tenir, solides.

Entre rire et malaise, on ne sortira pas indemne

Dans le deuxième acte, les acteurs redistribuent les couples, ôtant tout espoir. Personne n’écoute personne, chacun à son désespoir. Quelque chose va changer, dans une rupture libératrice. Les égoïsmes aliènent toute humanité. Un couple se séparera, une femme avouera l’adultère, un troisième couple se rencontrera tandis qu’un autre envisagera la vieillesse et la mort. Comme à son habitude, la scénographie de Guillaume Vincent est foisonnante. Elle donne ici un souffle au texte et aux personnages, ainsi qu’aux différents lieux offerts pour nous sur le plateau du théâtre des Bouffes du Nord. Dans une déréalisation invisible, les comédiens talentueux incarnent le familier. L’écriture scénique colle au texte et à son esprit. Elle est hautement théâtrale et naturelle, sans artifice ou procédé. Le public est capté, parfois gêné d’être complice de ces désastres. Une pièce à ne pas rater, car Carver parle de nous et Guillaume Vincent nous le restitue admirablement.

Adapté des nouvelles : Tais-toi je t’en prie; Pourquoi l’Alaska; La peau du personnage; Personne ne disait rien(du recueil Tais-toi je t’en prie); Appelle si tu as besoin (du recueil Qu’est-ce que vous voulez voir); Débranchés (du recueil Les trois roses jaunes)

Avec : Gaëtan Amiel (en alternance), Victoire Goupil, Émilie Incerti Formentini, Florence Janas, Stefan Konarske, Cyril Metzger, Alexandre Michel, Lucas Ponton-Lepaon (en alternance), Simon Susset (en alternance), Kyoko Takenaka, Charles-Henri Wolff

Mise en scène : Guillaume Vincent

Informations pratiques : »Love me tender » se joue au Théâtre des Bouffes du Nord, du mardi au samedi jusqu’au 05/10/2018, horaires selon les jours à 15h30 ou 20h30, 37 bis boulevard de la Chapelle dans le dixième arrondissement de Paris.

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