« Nous les humains » de et avec Maryvonne Beaune : Critique et rencontre avant la fin du monde

« Nous les humains » de et avec Maryvonne Beaune : Critique et rencontre avant la fin du monde

[Avignon Off] : « Trudi 1933 présent composé », une ode dansée à l’amour familial qui traverse le temps
Chorus Festival 2018 : résumé de la programmation éclectique à la Seine Musicale
Perrine Perez rayonne d’imagination dans « Celle qui a dit non », depuis avril 2017 au Théâtre des Feux de la Rampe !

Voici un premier One Woman Show au top de l’inventivité désaltérante ! Laissez-vous entraîner dans l’univers ultra-déjanté, tendre, espiègle mais aussi inflexible de la pétillante Maryvonne Beaune-100 000 voltes. Détente et bonne humeur assurées à la sortie de La Comédie des 3 Bornes.

Une « déclaration d’amour aux humains, ces choubidous, capables du pire comme du pire… »

L’enjeu est de taille : sauver le monde d’ici la fin du spectacle, sans fuir en Ardèche ni se cacher la tête dans un sac en papier. La volubile Maryvonne nous confie ses tuyaux pour « créer un monde meilleur, un monde où les humains seraient plus humains… ». Ce spectacle fort bien écrit met en lumière nos petits coeurs chamallows comme nos préjugés d’humains précisément imparfaits, pourchassant instinctivement notre confort intellectuel (quitte à ignorer l’autre humain, la souffrance animale et la vérité…). À un rythme relevé, les sketches subtiles se suivent sur une palette colorée, dont les nuances et la simplicité assurent rapidement l’engagement de la salle.

« J’essaie de faire le moins mal possible, une sorte de voie du milieu. » dit le personnage Marina.

Le regard caustique et tendre de Maryvonne fait mouche. La comédie, l’humour noir, la poésie, la danse, la musique, tout est prétexte à susciter le débat et la réflexion sur des sujets clivant. C’est ainsi que l’humoriste aborde la folie, la mort, l’écologie, le véganisme, le féminisme, mais aussi le spécisme (théorie qui place l’humain au dessus de tout le reste du vivant sur la planète). On adore le sketch magique et fou de l’entretien professionnel (« Je ne vais pas vous faire un roman. Je ne suis pas la femme aux camélias ! ») ! Le personnage de la bourgeoise Marie-Caroline est traité avec une vérité tendrement mordante, entre macarons Ladurée (exquis), collier de perles cultissime, expérience RER intense et serre-tête so 90′. « NOUS LES HUMAINS » offre un moment suspendu, jouissif, malin et émouvant à la fois. Maryvonne Beaune réussit haut la main l’exercice périlleux du One Woman Show dans une minuscule salle de spectacle (ça passe ou ça casse !). Artiste à suivre !

Auteur : Maryvonne Beaune
Artiste : Maryvonne Beaune
Durée : 1h00

Informations pratiques : Le spectacle « Nous les humains » se joue tous les mardis soirs à 19h jusqu’au 28 mars 2017, à La Comédie des 3 Bornes, 32 rue des Trois Bornes dans le onzième arrondissement de Paris. Vous n’aurez pas d’excuse pour réserver votre mardi soir ! Un théâtre intimiste à ne pas négliger dans votre shopping-list humour (le tremplin de Nora Hamzawi en 2012, et en 2016 Jérémy James & Lisa Chevallier…).

Maryvonne Beaune, rayonnante et hilarante dans le spectacle « Nous les humains »

Nous avons entendu le SOS (hilarant !) de cette terrienne (en détresse), rayonnante et habile. Voici le récit de notre rencontre avec ce « couteau-suisse » artistique unique : auteur, comédienne, humoriste, metteur en scène, mais aussi clown, danseuse…

Quelle casquette vous définit le mieux ? Jeune maman, compagne (parfaite), salariée (modèle), prof de théâtre et de danse, auteur ou comédienne qui pète le feu, peut-être wonder woman ?

Je suis tout cela à la fois (sauf salariée modèle !!!). Je pense qu’on est tous multiples. Devenir maman a été un grand changement pour moi. Ce rôle me tient énormément à cœur. Aujourd’hui, vivre ma passion artistique pleinement, de l’écriture de mon One woman show au jeu sur scène, a pris également beaucoup d’importance dans ce qui me définit.

Comment vous est venue votre vocation artistique ?

Je ne sais pas ! Je ne me souviens plus. Je dirais, depuis toujours. Enfant je dansais, et j’ai continué de danser longtemps. Encore un peu aujourd’hui. La danse est ma vocation première. J’ai aussi passé mon enfance à peindre en atelier de peinture, au milieu d’artistes. J’ai exposé plusieurs fois. Je fais aussi de la photographie. Bref, c’est comme ça. C’est en moi.

Racontez-nous la genèse de votre spectacle « Nous les humains » ? Combien de temps vous a pris l’écriture ? Quelles sont vos inspirations (on ne donnera pas le nom de vos copines…) ?

« Nous les humains » est un titre qui m’est apparu, alors que je tenais dans les mains le livre de … « Conversations avec Dieu », le livre de ND Walsch. Et là, m’est venue l’idée d’un spectacle qui commencerait par une conversation avec Dieu. Je suis obsédée au quotidien par ce qui se passe dans le monde, les catastrophes causées par les humains, cette espèce qui se croit / se vit / se dit au dessus de tout les reste du vivant, et qui est en train de tout saccager. La force d’inertie des humains, le manque de réaction face à l’urgence actuelle me fait halluciner chaque jour. L’incapacité d’agir, l’impuissance… Ca me fascine !!! Je me demande toujours comment font les autres pour gérer le flot de mauvaises nouvelles. « On n’y peut rien » est une expression qui me glace !!! Alors à mon niveau, j’essaie de faire quelque chose, de mon mieux, comme je peux, avec mes contradictions, mais j’essaie, je fais. Et ce spectacle s’inscrit dans cette démarche. Il a pour but de réveiller les gens, de leur donner envie aussi de se mobiliser, de sortir du sentiment d’impuissance.

« Nous les humains » s’est écrit rapidement, dans l’urgence. Quand, en juillet 2016, la Comédie des 3 bornes m’a proposé de jouer une heure de spectacle pour la rentrée de septembre. J’avais 2 mois pour écrire et monter le show ! J’aime travailler vite. Ensuite, le spectacle continue d’évoluer à chaque représentation. Il est vivant, il grandit !

Ce n’est pas votre premier coup d’essai. Certains éléments de « Nous les humains » avaient émergé au sein de votre spectacle  » « Elles seront prêtes ». Quand avez-vous commencé à écrire ?

Dans « Elles seront prêtes » je partageais le plateau avec une amie humoriste, Lorelei Krüger. Le spectacle comportait déjà 4 sketches (Marie-Caroline, l’entretien, la galanterie et veggie). Je me suis ensuite basée sur ces sketches pour écrire « Nous les humains ».

Par ailleurs, j’ai écrit 2 pièces de théâtre « Paris.Rock.You », « Le monde ne va pas s’écrouler » et 2 comédies musicales, « LIFE.L » d’après un album de Camille et « VKS » d’après un album de Stromae. Les thèmes que j’aborde dans ces 4 spectacles sont une fois de plus mes obsessions en lien avec l’époque actuelle et la condition des femmes, mais aussi Paris, le monde du travail, la mise en place des dictatures…

« Nous les humains » est finalement ma 5ème pièce et a beaucoup de points communs avec mes 4 précédentes pièces.

Comment vous sentez-vous après chaque représentation de « Nous les humains » ? Avez-vous des anecdotes sur votre public à La comédie des 3 bornes ?

Je joue chaque semaine devant un public différent, proche de moi, que je vois… C’est très touchant. C’est un rapport différent à chaque fois. Très sensible. J’aime quand le public rit, bien sur, mais j’aime jouer avec lui, lui faire vivre des montagnes russes émotionnelles…! On se retrouve au café « Le Complot » après le spectacle, et généralement on échange sur des passages du spectacle. Certains sont déjà venus plusieurs fois ! Ils ont remarqué que cela changeait un peu à chaque fois.

Vous aviez joué dans la pièce « Peau de vache » l’an dernier aux Déchargeurs (Lien vers notre critique). Êtes-vous engagée dans le veganisme ? La chanson est-telle une autre corde à votre arc ?

L’aventure de « Peau de vache » était très sympathique, d’autant que cela parle d’un sujet qui me touche, le sort des vaches laitières. Il y a quelques années, les animaux et leurs conditions de vie étaient des sujets qui me passaient totalement au dessus de la tête. Je ne comprenais pas. Ca ne me touchait pas. Alors que des orphelins ou des mariages forcés, là, ça me touchait ! Et puis un jour, une vidéo. J’ai ressenti dans ma chair la souffrance de cet individu en cage. A partir de là, je me suis intéressée à ce sujet, sans la condescendance « attention je suis humaine, je ne m’occupe que de la souffrance des humains ». J’ai compris que tout était lié. Que se nourrir de la chair d’un animal malheureux et malade ne pouvait pas faire de bien à l’humain. Et qu’accessoirement, ces élevages ne font pas de bien à la planète. Quant à chanter, j’adore ça ! Mais je ne suis pas exactement une chanteuse… !!!

Quel conseil donneriez-vous à un jeune auteur de théâtre qui débute ?

A vrai dire, j’ai encore le sentiment de débuter !!! Alors je ne sais pas si je suis de bon conseil. Simplement, faire ce qu’on veut faire, essayer, se mouiller, avancer, pas à pas. Travailler.

COMMENTAIRES

WORDPRESS: 0