La pianiste compositrice Maria Kotrotsou et son orchestre : fraîcheur, modernité et grands yeux noirs

La pianiste compositrice Maria Kotrotsou et son orchestre : fraîcheur, modernité et grands yeux noirs

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Le 26/11 dernier, La Critiquerie a assisté au concert de Maria Kotrotsou et son orchestre à la Maison Saint François Xavier, en la présence du Consul de Grèce. 1h20 de découverte dans un mix détonnant de musique instrumentale, électronique, classique et New Age. Récit et rencontre.

La générosité d’une exploratrice franco-grecque de la musique composée par ordinateur.

Sous les lumières bleutées de la Maison Saint François Xavier, la jolie jeune femme grecque s’assoit devant son piano électrique. Sneakers rouges futuristes aux pieds, Maria Kotrotsou rayonne d’une élégance multiculturelle, matinée de modernité. Au programme ? Des titres choisis parmi ses deux derniers albums « 27 mars » et « Passion ». Pour les plus puristes de la musique classique, la musique minérale électronique déconcerte au départ. Mais lorsque le violon et les autres instruments jouent leur partition sur la batterie électronique, la mélodie foisonne d’une modernité noir-corbeau, et parfois-même colorée et fort relaxante.

La batterie, l’électronique et le classique offrent une route musicale, riche et atypique.
Sur un mélange de rythmes audacieux, le piano, le violon et le violoncelle aiguisent particulièrement notre imagination. La cascade de notes plus ou moins appuyées, alterne en rythme les époques et les styles.

Le titre « Lys » empli de douceur, est suivi de « Karma », première pierre électronique de ce concert. Ces premiers titres dessinent une épopée grecque, où se disputent les sentiments et la mélancolie, sur le fil du violon magique. Entre orage et guerre, « Storm » vient sonner le glas. Tandis qu' »Over the sea » évoque une boîte à musique, dans un crescendo rythmique moderne. Ce titre projette le parfum de l’enfance, florissant de légendes où la nature règne en maître. On adore le titre « Fairytales », lyrique, féerique et moyenâgeux-enjoué. Les musiciens pincent avec délicatesse et respect les cordes du violon et du violoncelle. Bouleversant, le titre « 27 mars » est un coeur qui bat sur une mélopée fantastique. Mais c’est avec « Venus » que Maria Kotrotsou s’impose en DJ de cette soirée musicale bigarrée. Staccato hypnotique. Pour finir, les graves de « Vertigo » nous font vaciller sous une pluie battante, l’espoir d’une éclaircie bientôt balayée par la tempête. Bon, il s’agit là de mon imaginaire. À vous d’écouter, de tester et de laisser s’imposer vos propres sensations dans ce monde sonore.

Dans la création de Maria Kotrotsou, on aime l’audace et le rythme, « Venus » étant un bel exemple de réussite. Ce concept moderne qui allie la virtuosité orchestrale classique à la Musique Assistée par Ordinateur développe parfois des sonorités acides, ici bien maîtrisées.

La pianiste Maria Kotrotsou

Orchestre du concert du 26/11/2016 à la Maison Saint François Xavier.
Maria Kotrotsou : Piano / Synthétiseur
Angeliki Potiri : Violon
Kiara Konstantinou : Violoncelle
Gerasimos Katsiris : Flûte
Vassilis Bratos : Basse Clarinette

Pour écouter et vous procurer les deux CDs : https://mariakotrotsou.bandcamp.com
Pour plus d’information sur les prochains concerts : www.mariakotrotsou.com/concerts-

Charmés et surpris par la jolie personnalité de Maria Kotrotsou, nous avons voulu en savoir plus sur sa trajectoire artistique et son travail de composition. Partons à la découverte de Maria.

Votre biographie raconte que vous avez commencé le piano à l’âge de six ans. Vous souvenez-vous ce qui vous a décidé à l’époque ? Etait-ce une décision forte ?

Depuis toute petite, j’aimais écouter la musique. On allait à l’opéra, aux concerts et je regardais avec une grande admiration les orchestres. Je me souviens très bien de l’après-midi où ma mère m’a demandée si je voulais apprendre à jouer d’un instrument. Comme en général j’aimais faire des activités, j’ai répondu tout de suite « oui » avec un grand enthousiasme ! Quelques jours plus tard, nous sommes allés chez des amis qui avaient un piano dans leur salon. Je me rappelle que leur fille a commencé à jouer et moi, j’étais assise juste à ses cotés. J’étais si fascinée que j’ai couru vers mes parents et je leur ai dit que je voulais apprendre à jouer du piano. Depuis, lui et moi, nous sommes inséparables…

Pourquoi était-ce nécessaire pour vous de rejoindre Paris pour « réaliser votre rêve » de pianiste compositrice ?

Après avoir fini mes études au Conservatoire national d’Athènes, je voulais suivre des études supérieures de piano. Comme, à cette époque, la Grèce ne disposait pas d’une académie de musique, j’ai envisagé de partir à l’étranger pour continuer mes études dans une académie supérieure. J’avais le choix entre Vienne et Paris, et vu que j’avais déjà un bon niveau de langue en français, j’ai décidé de commencer ma nouvelle vie d’étudiante à Paris. Paris est une ville qui attire beaucoup de personnes du monde entier. Dans l’académie, le niveau était très élevé, il y avait une forte compétition entre les élèves qui m’intriguait beaucoup.

Après avoir perfectionné ma technique et mon écriture musicale, j’ai choisi de rester et de vivre à Paris. J’ai commencé à y enseigner le piano. Lorsque j’ai donné mon premier concert avec l’ensemble instrumental que j’ai formé, j’ai été très heureuse de la réaction favorable du public et des critiques positives reçues des medias.

Pouvez-vous nous raconter comment s’est déroulée votre formation en musique assistée par ordinateur à Paris ? Cela vous a-t-il aidée à composer les titres de votre concert avec cinq instruments ? Avez-vous une bonne connaissance de tous ces instruments ? Combien de temps cela vous prend pour composer un titre ?

Depuis l’âge de six ans, l’âge auquel j’ai commencé à jouer du piano, j’ai été formée à la musique classique. Quand je suis venue à Paris, j’ai continué mes études supérieures à l’Ecole normale de musique de Paris en musique classique aussi. Petit à petit, comme j’aimais beaucoup les sons électroniques, la musique de Jean-Michel Jarre ou de Vangelis, je me suis intéressée à la musique assistée par ordinateur. J’ai commencé par prendre des cours intensifs et à la fin, j’ai fini par maîtriser ce domaine.

Je connaissais déjà les instruments de l’orchestre, leurs caractéristiques, leur lecture des notes sur les partitions, leur tonalité. Mais la Musique Assistée par Ordinateur m’a aidée à faire le mélange entre les instruments physiques et les sons électroniques, à mixer ces deux composantes. Pour mon ensemble instrumental, les instruments que j’ai choisis pour m’accompagner sont le violon, le violoncelle, la basse clarinette et la flûte. Même si j’avais une connaissance suffisante de ces instruments, l’aide des musiciens a été très précieuse pour m’aider à mieux comprendre les difficultés de leurs instruments et connaître les petits détails techniques à prendre en compte.

Mesurer le temps nécessaire pour composer un morceau, je ne peux pas y répondre précisément puisque c’est très variable. J’ai créé certains titres en une semaine, d’autres en trois jours mais aussi d’autres en un mois ! Cela dépend de mon inspiration pendant la période où je compose.

Pourquoi avoir choisi de travailler en 100 % instrumental ? Avez-vous travaillé sur de la musique de film ou de la musique 100 % électronique ?

J’ai toujours été passionnée par la musique de film et j’ai eu la chance de travailler avec des professionnels du cinéma. Actuellement, je travaille sur la musique d’un film qui va sortir dans quelques mois. En revanche, je n’ai jamais travaillé sur une musique 100 % électronique, mais toujours en mélange, comme je l’ai fait sur mes albums.

Pour le moment, la musique que j’écris est le style qui me parle le plus. La voix, c’est pour moi la mélodie produite par chaque instrument de mon ensemble. Pour autant, je ne peux pas dire que je ne vais jamais faire une composition avec une voix. Si une personne m’inspire, j’en évaluerai la possibilité.

À quel événement fait référence le titre de votre deuxième album, « 27 mars » ?

Un battement de cœur, du début jusqu’à la fin du morceau où il commence à ralentir.
Une respiration difficile…

Puis le refus. La colère. La négociation. La dépression. L’acceptation.
C’est une date qui m’a marquée, suite à un évènement personnel difficile.

Quelles émotions souhaitez-vous transmettre via vos compositions ? Quelles sont vos inspirations ?

Une des choses qui me fait le plus plaisir, c’est quand après l’écoute de ma musique, des personnes me parlent des différentes émotions qu’elle leur a inspirées. Je n’ai jamais voulu diriger ces émotions, en expliquant ce qui m’a inspirée pour écrire tel ou tel morceau. Je ne veux pas gâcher l’imagination de celui qui écoute la musique, je préfère laisser libre cette imagination de voler !

Je m’inspire de toutes les situations qui peuvent me toucher. Cela peut être un adieu, le sourire d’un enfant, une discussion avec une personne âgée, un regard. Cela varie aussi. Lorsque cela provoque un fort sentiment en moi, je le développe comme une histoire entière dans ma tête et, au moment où il n y a plus de mots, les notes prennent le relais.

Pouvez-vous nous en dire plus sur le succès qu’ont eu vos albums en Grèce ?

La Grèce, c’est le pays où j’ai commencé à faire des concerts et mes premiers sold-out en salle. Mon premier album « Passion » et le second, « 27 mars », ont été best-sellers dans les magasins « Public », l’équivalent des Fnac en France. Les maisons des disques avec lesquelles j’ai un contrat, ont assuré une bonne promotion de mes albums distribués en format physique en Grèce. Mais mes albums existent aussi en format numérique partout, et les ventes sont très satisfaisantes également.

Avez-vous un message à faire passer aux lecteurs de La Critiquerie ?

Si l’on veut vraiment quelque chose, rien n’est impossible. Il faut juste suivre ses rêves, patienter et insister. Et cela va marcher !

Interview de la pianiste Maria Kotrotsou

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