« Le souper », un face-à-face mesguichien savoureux aux chandelles du théâtre de Poche

« Le souper », un face-à-face mesguichien savoureux aux chandelles du théâtre de Poche

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Dans cette rencontre au sommet, entre saumon, asperges, fois gras, vin rouge et petits pois, Fouché et Talleyrand décident au lendemain de Waterloo « du cours des choses » et trouvent un régime à la France. Dans cet échiquier verbal sous tension, le duc policier Fouché (alors président du gouvernement provisoire) et le ministre, sous le Premier Empire, des Affaires extérieures Talleyrand, se renvoient la balle avec justesse, dans le texte savoureux de cette pièce en un acte écrite en 1989 par Jean-Claude Brisville. « Mais revenons au bourbon… »

La lutte entre  la république (Fouché) et la restauration des Bourbons (Talleyrand)

« Paris n’est pas la France. » – « Mais Paris donne le ton. »

Après la défaite de Waterloo et l’exil de Napoléon, Fouché et Talleyrand se retrouvent dans le plus grand secret le 6 juillet 1815 à minuit, dans l’hôtel particulier parisien de Talleyrand. Le destin du futur Louis XVIII est en jeu, tout comme la paix dans le pays, menacée par les émeutiers et la présence des troupes de Wellington. A Paris, c’est la révolte qui gronde. Il n’y a plus d’armée pour protéger ou encadrer la population. Qui sait ce dont le peuple français est capable dans un Paris agité, 26 années après la révolution ? « Le Souper est un duel rhétorique et politique de très haute volée. Talleyrand et Fouché sont les deux faces d’une langue ciselée dans le marbre de l’éloquence. » explique William Mesguich. Dans cette mise en scène esthétique et élégante, les deux profils des deux Mesguich se dessinent nerveusement dans la pénombre teintée de la couleur bourbon des teintures. Comme dans un jeu de poker sous haute tension, le moindre tressaillement de l’un a de l’importance pour le futur de la France et du « gros bourbon ». On aime la diction à l’honneur, portée sur les planches par ce père et ce fils si talentueux. Les jeux nerveux des deux comédiens sont contrebalancés par les expressions presque lyriques, dont les jeux de mots et l’ironie nous comblent d’amusement. « J’ai un remord pour le saumon » lance Fouché, lorsque Talleyrand lui demandent s’il ne regrette pas d’avoir envoyé ses amis à la guillotine « cracher leur tête ». On adore les recettes de cuisine de Talleyrand, fort à propos, dans ce souper hors la loi précieux. Dans ce huit-clos unique, les costumes en imposent, surtout celui de Daniel Mesguich. « Le souper »est une pièce passionnante à ne pas rater, une fête captivante pour la langue française, le théâtre et les amoureux de la famille Mesguich. Un petit bijou qui nous permet de réviser avec panache et éloquence notre histoire de France…

 

Auteur : Jean-Claude Brisville
Artistes : Daniel Mesguich, William Mesguich
Metteur en scène : Daniel Mesguich, William Mesguich
Crédit photo : Pascal Gely
Informations pratiques : La pièce « Le souper » se joue jusqu’au 4 mars 2018 au théâtre de Poche, 75 Boulevard du Montparnasse dans le sixième arrondissement de Paris.

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